A peine ouverte au jour, ma rose s'est fanée.
Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques; - Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.
Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine! - Son beau corps a roulé sous la vague marine.
Hélas! je n'ai rien fait pour la postérité; et pourtant j'avais quelque chose là.
L'art ne fait que des vers: le coeur seul est poète.
L'épi naissant mûrit de la faux respecté. - Sans crainte du pressoir, le pampre tout l'été - Boit les doux présents de l'aurore.
Le bonheur des méchants est un crime des dieux.
Le Messager de mort, noir recruteur des ombres ...
Le moment d'être sage est voisin du tombeau.
Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux.
Mourir sans vider mon carquois! - Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange - Ces bourreaux barbouilleurs de lois.
Pleurez, doux Alcyons! ô vous oiseaux sacrés, - Oiseaux chers à Thétys, doux Alcyons, pleurez! - Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine!
Qu'aimable est la vertu que la grâce environne!
Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui, - Je ne veux point mourir encore.
Sous leur tête mobile, un cou blanc, délicat, - Se plie, et de la neige effacerait l'éclat.
Pourtant, j'avais quelque chose là!
Je meurs. Avant le soir j'ai fini ma journée. - A peine ouverte au jour ma rose s'est fanée. - La vie eut bien pour moi de volages douceurs; - Je les goûtais à peine, et voilà que je meurs.
Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.
L'amour aime les champs, et les champs l'ont vu naître.
Hélas chez ton amant tu n'es point ramenée. - Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée. - L'or autour de tes bras n'a point serré de noeuds. - Les doux parfums n'ont point coulé sur tes cheveux.
Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre - Animent la fin d'un beau jour, - Au pied de l'échafaud j'essaye encore ma lyre. - Peut-être est-ce bientôt mon tour.
Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles - L'enveloppe. Etonnée, et loin des matelots, - Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots. - Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine. - Son beau corps a roulé sous la vague marine.
O jours de mon printemps, jours couronnés de roses.
Les riches grossiers - N'ont pas une âme ouverte à sentir les talents.
Pleurez, doux alcyons! O vous oiseaux sacrés, - Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez!
Œuvres de André Chénier
Avant de monter à l'échafaud.Bucoliques (1819), BacchusBucoliques (1819), DamalisBucoliques (1819), L'aveugleBucoliques (1819), La jeune TarentineBucoliques (1819), XXIChant du départDernières Poésies, La jeune captiveDernières poésies, Odes, La Jeune CaptiveElégiesElégies, A Le BrunElégies, Ah ! je les reconnais, et mon coeur se réveilleElégies, XXVIIIIambesIambes, Comme un dernier rayonIdyllesL'AveugleL'InventionLa Jeune CaptiveLa Jeune Tarentine