Les amants malheureux vieillissent en un jour.
Au banquet de la vie à peine commencé, - Un instant seulement mes lèvres ont pressé - La coupe en mes mains encor pleine.
Oh! de se confier noble et douce habitude! - Non, mon coeur n'est point né pour vivre en solitude.
Au pied de l'échafaud j'essaye encor ma lyre.
Mais la tendre élégie et sa grâce touchante - M'ont séduit: l'élégie à la voix gémissante, - Au ris mêlé de pleurs, aux longs cheveux épars; - Belle, levant au ciel ses humides regards.
Hélas! chez ton amant tu n'es point ramenée, - Tu n'a point revêtu ta robe d'hyménée.
Je rêve assis au bord de cette onde sonore - Qu'au penchant d'Hélicon, pour arroser ses bois, - Le quadrupède ailé fit jaillir autrefois.
Qui prévient le moment l'empêche d'arriver.
L'obstacle nous fait grands. Par l'obstacle excité, - L'homme, heureux à poursuivre une pénible gloire, - Va se perdre à l'écueil de la prospérité, - Vaincu par sa propre victoire.
Qui meurt pour le peuple a vécu.
La République nous appelle - Sachons vaincre ou sachons périr - Un Français doit vivre pour elle - Pour elle un Français doit mourir.
Les Ménades couraient en longs cheveux épars - Et chantaient Evoë, Bacchus et Thyonée.
Il cueillait le moly, fleur qui rend l'homme sage.
O mes Muses, c'est vous; vous mon premier amour, - Vous qui m'avez aimé dès que j'ai vu le jour! - Leurs bras, à mon berceau dérobant mon enfance, - Me portaient sous la grotte où Virgile eut naissance.
Pleurez, doux alcyons! O vous, oiseaux sacrés, - Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez!
L'art ne fait que des vers, le coeur seul est poète.
Un langage sonore, aux douceurs souveraines, - Le plus beau qui soit né sur les lèvres humaines.
Je ne veux pas mourir encore.
Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort, - Moi je pleure et j'espère.
Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson; - Et comme le soleil, de saison en saison, - Je veux achever mon année.
Je n'ai vu luire encor que les feux du matin: - Je veux achever ma journée.
O mort, tu peux attendre; éloigne, éloigne-toi; - Va consoler les coeurs que la honte, l'effroi, - Le pâle désespoir dévore.
Souffre, ô coeur gros de haine, affamé de justice, - Toi vertu! pleure si je meurs.
Hélas ! chez ton amant tu n'es point ramenée. Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée. L'or autour de tes bras n'a point serré de noeuds. Les doux parfums n'ont point coulé sur tes cheveux.
Le ciel d'un jour à l'autre est humide ou serein, - Et tel pleure aujourd'hui qui sourira demain.
Œuvres de André Chénier
Avant de monter à l'échafaud.Bucoliques (1819), BacchusBucoliques (1819), DamalisBucoliques (1819), L'aveugleBucoliques (1819), La jeune TarentineBucoliques (1819), XXIChant du départDernières Poésies, La jeune captiveDernières poésies, Odes, La Jeune CaptiveElégiesElégies, A Le BrunElégies, Ah ! je les reconnais, et mon coeur se réveilleElégies, XXVIIIIambesIambes, Comme un dernier rayonIdyllesL'AveugleL'InventionLa Jeune CaptiveLa Jeune Tarentine