Œuvre

Le Grand n'importe quoi

Certains trouvent que j'ai une tête d'acteur. Moi pas. J'ai une tête de rien. Au fond, c'est peut-être le mieux pour être comédien, avoir une tête de rien pour tout jouer.
On le sait peu, mais je siffle très bien. Si je n'avais pas été comédien, j'aurais probablement fait clochard siffleur.
Je hais les optimistes et la religion du positivisme qui compte tant d'adeptes. J'aime les désespérés, les hommes perdus, les orphelins.
Je peux me perdre des heures entières dans une strophe de Baudelaire, y nager inlassablement. Si nous sommes tous nostalgiques du ventre maternel, eh bien, j'ai retrouvé ce confort originel dans les poèmes.
Lorsqu'on tourne un navet, on pense à la viande que l'on pourra acheter avec le cachet. Et ça passe bien, je n'ai pas l'estomac délicat.
Les gens qui vont bien, le proclament fièrement sans cesse, me désolent. Je ne peux leur accorder ma confiance : ils ont trop à perdre pour être fidèles et honnêtes.
Ne jamais faire d'effort, ou le moins possible, ne m'a pas empêché d'arriver là où je suis (où ? Je n'en sais rien, mais j'y suis bien).
L'esprit du vêtement c'est toujours de l'ordre du détail,mais un détail qui vous rend complet,si j'ose dire.
J'aime autant être seul que rencontrer des gens, ce qui est assez paradoxal à moins d'avoir une schizophrénie en floraison incessante. Je prends beaucoup de plaisir à la conversation et n'aime rien tant qu'on me foute la paix : je suis un misanthrope mondain, un solitaire bavard.
Je n'ai pas le sentiment d'avoir fait une carrière,mais des rencontres.
Le danger, une fois la réputation assise, c'est qu'elle ne se relève pas.Se satisfaire de son sort est la pire complaisance.Autant rester debout, ou, tant qu'à faire, allongé.
Ma nostalgie est sereine, elle charrie plus de diamants que de barbelés rouillés.
J'ai aimé jouer des personnages caricaturaux : il est plus simple d'ajouter des couches d'habits à sa personnalité plutôt que de la déshabiller d'emblée.
La communication silencieuse est un idéal.
Je suis un misanthrope mondain, un solitaire bavard.
Le talent ne suffit pas pour qu'il soit agréable.Il faut qu'il y ait une rencontre, quasi amoureuse.
Je suis davantage du soir ou de la nuit. J'aime les fins de journée, cet instant de transition entre deux états, quand le soleil envisage de se coucher : la lumière décline, s'adoucit, ses ombres se dessinent, les bruits changent, des animaux se réveillent
Il est vrai que je vis peu le matin, que je mets à profit pour dormir, je préfère que les journées commencent sans moi, les attraper en route comme un train au démarrage.
Les zoos me dépriment : fait-on visiter des prisons aux ours et aux girafes ?
Un comédien a deux familles: celle où il est né et celle qui se nourrit d'hypothèses.
J'ai aimé jouer des personnages caricaturaux :il est plus simple d'ajouter des couches d'habits à sa personnalité plutôt que de la déshabiller d'emblée.
L'effort est le contraire de l'art :il faut travailler ,certes, mais, s'il faut se forcer, ce métier n'est pas pour vous.
A quoi bon avoir des amis qui pourraient être n'importe qui ? C'est leur singularité qui les rend aimables.