Œuvre
Des hommes qui lisent (2017)
La lecture, recours contre le quotidien et la pression du court terme. Lieu privilégié, jardin secret.
Appelez cela de l'égoïsme ou de la possessivité si vous voulez mais le fait est là : je ne donne pas mes livres. Et je les prête encore moins, même à mes meilleurs amis, pour respecter le vieil adage selon lequel un livre prêté est un livre perdu.
Le savoir est une arme, la bibliothèque est un arsenal.
Offrir un livre, c'est transmettre une partie de soi.
Offrir un livre n'est jamais neutre, et peut, entre deux individus être l'instrument d'une transmission immatérielle, parfois indicible mais puissante.
Que serait une vie sans la lecture, sans cette sédimentation imparfaite et aléatoire d'expériences, de connaissances et de sensations qui s'additionnent et s'assemblent de façon unique pour s'y ajouter et pour l'embellir ? Lire, c'est accéder à des expériences inconcevables - et bien souvent non souhaitables ! - et éprouver des sentiments extrêmes mais qui font partie de l'expérience totale de l'humanité.
Personne n'en sort indemne. Personne ne peut prétendre que ses lectures n'ont pas influencé sa vie, dans les petites choses comme dans les grands instants et au moment des choix essentiels.
Le vrai miroir d'un lecteur est sa bibliothèque.
Mais pourquoi se priver de cette profondeur, de cette épaisseur et de cette distance que procure la lecture ?
Plus j’avance dans ma vie et dans mes lectures, plus je me désole, souvent avec consternation, parfois avec délectation, de ce que je n’ai pas encore lu, de ce qui me reste à lire et de ce que je ne lirai probablement jamais.
Une bibliothèque est comme le « lieu de mémoire » de notre existence. Elle nous chuchote d’anciennes joies, murmure nos lacunes et trahit des promesses de lecture.
Écrire, c'est aimer lire encore un peu plus.
Lire, c'est prendre de la distance, acquérir une vision, se constituer tout au long de sa vie.
Parce qu’il faut faire le pari, lecteur, mon frère, qu’avec la lecture viendra l’intelligence, et la distance, et que la liberté de lire et de connaître produiront, in fine, plus de bien que l’ignorance. C’est un pari, sur la liberté et sur l’homme.
Beaucoup de livres, beaucoup de liberté, beaucoup de discussions familiales, mais pas de télé. Tenir les enfants loin de la nourrice médiatique et de l'abrutissement qu'elle peut provoquer constituait un objectif pédagogique.
Entré en lecture, mais pas encore amoureux des livres. On peut être baptisé à la naissance et ne jamais avoir la foi. Lire exige d'abord un apprentissage puis un déclic d'une autre nature, qui demeure bien souvent un mystère. L'expliquer me semble vain. Comment expliquer l'amour ?
La lecture a donc été pour les femmes au cours de l’histoire un acte libérateur, et même subversif en des temps où elles étaient juridiquement et socialement minorées.
Pour un responsable politique (mais en vérité pour n’importe quel hommes libre), la tension entre les principes et l’efficacité, la pureté et le compromis, la fin et les moyens est un sujet permanent.
Une bibliothèque est comme le lieu de mémoire de notre existence. Elle nous chuchote d’anciennes joies, murmure encore nos lacunes et trahit des promesses de lecture non tenues. Elle nous offre le réconfort permanent de merveilleux souvenirs que l’on pourrait reproduire.
Tous ces livres, toutes ces heures passées à accumuler des connaissances, à découvrir des histoires et des époques et des milieux, à oublier tout le reste, à vibrer ou à m’indigner, à passer le temps parfois, à jubiler aussi m’ont construit.
Accéder à la lecture, c'est se doter d'une arme formidable : le droit d'imaginer, le droit de penser par soi-même et le droit de savoir.
Il restera toujours des milliers d'oeuvres à découvrir, d'univers à aborder et de mondes à explorer. On sait que ces livres existent et qu'ils en valent la peine. On attend le bon moment, l'envie, l'occasion. On les lira un jour. Peut-être.
Sartre n'aimait pas son enfance. Moi, j'ai aimé la mienne. Mais comme Sartre, et comme un très grand nombre de lecteurs, j'ai sans doute été programmé. Je ne m'en plains pas, bien au contraire. J'essaie de faire la même chose avec mes enfants. Et je me réjouis d'être tombé amoureux de la lecture, même si le rendez-vous était arrangé. Après tout, cela aurait pu rater.
Sartre n'aimait pas son enfance. Moi, j'ai aimé la mienne. Mais comme Sartre, et comme un très grand nombre de lecteurs, j'ai sans doute été programmé. Je ne m'en plains pas, bien au contraire.
Le vrai miroir d'un lecteur est sa bibliothèque. On y retrouve, en un instant, tout son esprit et toute son âme.