Œuvre

Des hommes qui lisent (2017)

Tous ces livres, toutes ces heures passées à accumuler des connaissances, à découvrir des histoires et des époques et des milieux, à passer le temps parfois, à jubiler aussi m'ont construit.
Lire est important pour l'homme public. Que serait une vie sans lecture, sans cette sédimentation imparfaite et aléatoire d'expériences, de connaissances et de sensations qui s'additionnent et s'assemblent de façon unique pour s'y ajouter et pour l'embellir ?
Lire c'est prendre de la distance, acquérir une vision, se constituer tout au long d'une vie.
Les livres relient les hommes. Derrière ce qui ressemble à une formule, il y a une réalité, particulièrement évidente dans mon histoire familiale, dans ma vie. Dans ma relation avec mon père mais aussi dans le parcours de mon grand-père, dans la vie de ceux qui m’entourent et qui comptent pour moi.
La vie politique est ainsi faite qu'elle oblige à choisir entre des éléments qui n'ont de sens que parce qu'ils se complètent.
Comment susciter l'envie de lire ? La réponse est simple : par tous les moyens, car ils sont tous bons.
La culture, c'est la rencontre entre un individu et une oeuvre : De toutes les définitions de ce concept souvent insaisissable, c'est celle que je préfère. Elle présente l'immense avantage de mettre en contact au cœur de la culture sans tenter de définir ce qu'est une oeuvre.
Pouvoir s'affirmer rebelle en défendant les valeurs dominantes aura été la chance et le grand confort de la gauche pendant une quarantaine d'années. Et le mien pendant quelques années.
Être jeune, c'est évidemment être plus généreux, plus enthousiaste, plus sensible aux injustices, plus contestataire aussi d'un ordre établi qui, par définition, l'a été par les générations antérieures.
Être jeune, c'est aussi être assez partisan des idées simples et des solutions qui font peu de cas de la complexité des choses, des situations et du monde.
Et la jeunesse, enfin, pourtant si naturellement contestataire, si portée à célébrer la différence, la liberté de penser, d'inventer, de créer et d'innover, est en même temps incroyablement moutonnière et conformiste.
Et Dante avait raison. Au commencement était l'Enfer. Mais l'Enfer n'est que le commencement. Et la somme des expériences, des connaissances, des livres lui permet sans doute d'atteindre, pendant quelques moments privilégiés, quelque chose qui relève du Paradis.
Plus j'avance dans ma vie, et dans mes lectures, plus je me désole, souvent avec consternation, parfois avec délectation, de ce que je n'ai pas encore lu, de ce qui me reste à lire et de ce que je ne lirai probablement jamais.
Lire rend libre. Plus encore que sous les ors de ses palais, la République vit dans ses bibliothèques.