Les gens aiment à dire n'importe quoi d'inquiétant, de vaguement dégoûtant pourvu que cela s'en aille nourrir une rumeur.

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Pour garder dans sa mémoire le souvenir de quelques minutes heureuses, il faut chaque jour s'exercer à y penser, chaque jour les glaner, comme ces femmes ramassant l'hiver pour se chauffer un peu de bois mort qu'elles serrent au creux de leur tablier.
Une seule phrase compte dans un livre, et il n'est pas donné à celui qui écrit de savoir laquelle.
Ecrire ne serait donc qu'un leurre, une autre compromission avec le temps.
Quand j'ai écrit ce que je voulais (et surtout ce que je ne voulais pas), j'ai moins peur que le temps passe.
Les livres m'apparaissent comme les tombes d'êtres aimés qu'on oublie de visiter. Oui, les livres ont à voir avec la mort.
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Dans la même œuvre

Y a-t-il un moment où l'on doive se partager entre les âmes des défunts et l'appel des vivants?
De retour à la maison elle griffonne les mots d'amour qu'elle aimerait recevoir. Elles les écrit pour elle même, c'est à dire personne.
Et l'on sait que l'absence grossit dans la poitrine, fait le coeur énorme et qu'on la porte en plus de son propre poids. Elle est partout, remplit tout.
Elle écrase son chagrin contre la vitre. La tentation est grande d'imaginer que c'est un front qu'elle a contre le sien. Un front pour y appuyer sa peine.
C'est inouï le nombre de gens qu'il faut chasser de sa route pour qu'ils ne viennent pas piétiner les joies minuscules d'une journée.