Une seule phrase compte dans un livre, et il n'est pas donné à celui qui écrit de savoir laquelle.
Auteur
Françoise Lefèvre
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Ecrire c'est traverser une saison qui n'est sur aucun calendrier.
Le bonheur rend liquide.
Y a-t-il un moment où l'on doive se partager entre les âmes des défunts et l'appel des vivants?
La fin des amours est éreintante. Même lorsqu'on y pense longtemps après.
Même sans prendre un crayon, j'ai toujours écrit. Ecrire est devenu pour moi une manière de combler le temps entre l'intolérable naissance et l'intolérable mort.
Quand j'ai écrit ce que je voulais (et surtout ce que je ne voulais pas), j'ai moins peur que le temps passe.
L'encre me tient lieu de sang.
Ecrire ne serait donc qu'un leurre, une autre compromission avec le temps.
J'aime la page que je vais écrire comme une amoureuse qui court à son rendez-vous.
Les livres m'apparaissent comme les tombes d'êtres aimés qu'on oublie de visiter. Oui, les livres ont à voir avec la mort.
Que j'écrive ou non, la face du monde n'en sera pas changée. Et pourtant, c'est un peu comme si j'étais en sursis et que chaque mot fût un rempart contre la mort.
Comment se protéger derrière un masque quand on entend le raclement de la pelle qui creuse la fosse?
Il faut tellement croire à la vie pour écrire. Nous devrions tous faire un testament en nous imprimant dans la roche, la pierre, la terre.
Je ne peux écrire qu'en songeant que ce sera bientôt l'heure de mourir.
Comment peut-on créer la vie avec des mots? Car, enfin, écrire c'est le contraire de vivre. Pour raconter le temps, il faut s'enfermer soi-même dans une mortelle saison, d'où l'on sent mieux le temps qui passe et qu'on en est le passager.
O vie terrestre et rampante, tu ne pourras nier que l'écriture est une consolation.
J'écris. C'est mon immense consolation glacée.
Je sens une menace entre mes omoplates si je n'écris pas.
Qui peut croire qu'on écrit simplement pour faire un livre?
Aujourd'hui les histoires les plus surprenantes nous arrivent par le petit écran ou par les journaux. Alors, pourquoi écrire? Justement parce que c'est autre chose. Parce que cela procède d'un rendez-vous surnaturel.
De retour à la maison elle griffonne les mots d'amour qu'elle aimerait recevoir. Elles les écrit pour elle même, c'est à dire personne.
Et l'on sait que l'absence grossit dans la poitrine, fait le coeur énorme et qu'on la porte en plus de son propre poids. Elle est partout, remplit tout.
Elle écrase son chagrin contre la vitre. La tentation est grande d'imaginer que c'est un front qu'elle a contre le sien. Un front pour y appuyer sa peine.
Pourquoi faut-il toujours forcer le destin, c'est-à-dire les autres ?