Auteur

Philippe Besson

Je me demande parfois quelle femme elle est aujourd'hui. Oui, que deviennent ceux que nous avons aimés et perdus ?
Je pense qu'on ne survit pas à la mort de sa mère. Bien sûr, on continue à respirer de l'air, à grandir, à sourire. Mais c'est mort à l'intérieur. On a quelque chose de mort à l'intérieur.
Cette trop grande sensibilité, cet orgueil parfois mal placé, ce n'était rien d'autre que de la fragilité. On n'a rien compris à James Dean si on n'a pas compris sa fragilité. C'était du verre.
Cela pèse lourd, une absence. Bien plus lourd qu'une disparition. Parce que avec les morts, c'est commode, on sait qu'ils ne reviendront pas. Tandis que les lointains nous narguent ou nous font espérer.
Un soldat mort, c'est un monde qui s'écroule assurément. Et deux corps qui roulent dans la chaleur d'un lit, c'est un monde qui renait. Pense aux renaissances, aux reconquêtes. Ne meurs pas. Ne meurs pas.
On n'écrit jamais pour les autres, jamais. On n'écrit que pour soi. On prétend dialoguer mais tout n'est que soliloque.
Et, à l'instar des vrais scélérats, nous avons décidé de vivre cachés, dissimulés aux regards, dérobés aux jugements. Nous n'éprouvions pas de honte mais nous redoutions l'opprobre, le déferlement de haine et de mépris, les crachats.
Tu es seul, je regarde ta solitude et ta pauvreté, elles me font plaisir, on a les vengeances qu'on peut.
Je ne suis qu'une femme fuyant les souvenirs qui inlassablement la rattrapent.
C'est accablant en fait, il se trouve toujours quelqu'un pour te raconter ce que tu ne souhaites pas entendre et qui va t'anéantir, pour t'enfoncer un poignard entre les côtes, tout en prétendant n'avoir pour intention que de te secourir.
Elle persiste à ne pas vouloir voir que les histoires qu'elle invente sont plus proches de la réalité que la vérité elle-même.
L'océan c'est la turbulence, c'est aussi l'interminable, l'inintelligible, l'inattaquable. Une pureté qui gronde. Une immensité qui gouverne. Un horizon qui se déchaîne.
Personne ne dit : Je vais très mal. Je vais me pendre, sauf à être parfaitement dépressif, ou à vouloir attirer l'attention, ou à être un geignard professionnel. Tout le monde dit qu'il va bien. Tout le monde est élégant.
De toute façon, tous les exils sont illusoires, paraît-il, l'éloignement ne règle rien, et on ne finit jamais très loin du point d'où on était parti.
Elle met de l'ardeur, de la rigueur, de la discipline dans le job qu'on lui a confié. Mais ce n'est pas elle. A la fin, ce n'est pas elle. Et elle est convaincue qu'on ne peut pas durablement vivre une vie qui n'est pas la sienne.
Tu es entré dans ma vie, tu y occupes la première place, tu as opéré ce changement spectaculaire, cette merveilleuse dévastation, rien ne sera plus pareil, rien n'est déjà plus pareil.

Œuvres de Philippe Besson

De là, on voit la mer (2013)En l'absence des hommes (2001)L'Arrière-saison (2002)La Maison atlantique (2014)La Trahison de Thomas Spencer (2009)Les Amants (2005)Les Jours fragiles (2004)Les jours fragilesRetour parmi les hommes (2011)Se résoudre aux adieux (2007)Un garçon d'Italie (2003)Un homme accidentel (2008)Un instant d'abandon (2005)Une bonne raison de se tuer (2012)Vivre vite (2015)