Auteur

Philippe Besson

Des nuages noirs formaient des ombres contre les plis de la falaise. A flanc de colline, le phare surplombait les eaux en désordre, froides et lourdes.
Il faut arranger nos souvenirs. Sans ça, la vie n'est pas supportable.
Bienvenue à L.A. Au fond, ce n'est rien d'autre qu'un gigantesque puzzle. On assemble les pièces et ça finit par faire une ville.
Les gens qui ne sont pas capables de jeter, qui hésitent à se séparer de vieilleries qui ne leur sont d'aucune utilité sont d'incurables nostalgiques que le passé entrave.
La timidité chez un homme est une faiblesse charmante.
Je ne crois pas que le luxe donne de l'élégance à la tristesse, il peut parfois la rendre plus supportable, ou figurer son écrin, c'est tout.
Avec toi, qu'elle qu'aurait été la manière, je n'aurais pas pu échapper à la souffrance, à la pureté éclatante de la souffrance.
Ce sont les détails qui me crèvent le plus le coeur, ce sont les choses de presque rien, qui se produisent sans que je les prévoie, surviennent sans prévenir, surgissent dans mon quotidien, qui me mettent à terre.
Aimer, ce n'est pas gagner à tous les coups. C'est prendre des risques, faire des paris incertains, connaître la frayeur de perdre sa mise pour mieux savourer le frisson de la doubler.
Aimer, ce n'est pas emprunter des routes toutes tracées et balisées. C'est avancer en funambule au-dessus de précipices et savoir qu'il y a quelqu'un au bout qui dit d'une voix douce et calme : avance, continue d'avancer, n'aie pas peur, tu vas y arriver, je suis là. Voilà que je donne à nouveau des leçons, je me fais une fois de plus sentencieuse.
C'est idiot, je m'en rends compte, d'énoncer les choses de cette manière, d'autant qu'une intuition ne vaut pas certitude, par essence, mais justement il est des intuitions plus sûres que la vérité elle-même.
Il ne suffit pas de devenir un autre; il faut avoir le courage de devenir soi.
Je crois qu'on survit à tout. Je crois que la vie est plus forte. Je crois que le temps est assassin et balaye les visages du passé en emportant avec lui les épreuves qu'on pensait ne pas pouvoir surmonter.
Le temps guérit de tout et ne laisse à la surface que les images que nous voulons bien conserver.
Les pires douleurs sont celles que l'on s'inflige.
C'est ça précisément l'amour d'une mère, cette effusion immense, ce débordement comme on le dit d'un fleuve qui déborde de son lit.
Les intimités les plus violentes demandent à être apprivoisées à nouveau dès lors qu'elles ont été quittées. Il faut refaire tout le chemin une fois qu'on s'en est écartés, repartir de zéro lorsqu'on a perdu la partie, ne serait-ce qu'une fois.
Je t'écris parce que t'écrire, c'est être avec toi.
Je pense à toi, tous les jours. Cela devient une pensée douce et calme. Voilà mon occupation: me rappeler certains moments de toi.
Il y a des traits qu'on n'enlève pas aux gens, qu'ils portent sur eux toute leur vie, malgré la vieillesse, malgré la laideur, malgré les épreuves. Cela peut être la douceur. Ou l'enfance. Ou le malheur.
On n'écrit jamais pour les autres, jamais. On n'écrit que pour soi.
La vie, c'est cela. Une résignation muette au malheur et un consentement à la facilité.
Les défaites consenties sont comme de petites victoires.
Je n'ai pas d'âge. Les années ont passé, je les ai perdues. Si je ne devais compter que les années heureuses, je serais encore un enfant.
On échappe à rien. Pas plus à son passé qu'à ce qu'on est profondément.

Œuvres de Philippe Besson

De là, on voit la mer (2013)En l'absence des hommes (2001)L'Arrière-saison (2002)La Maison atlantique (2014)La Trahison de Thomas Spencer (2009)Les Amants (2005)Les Jours fragiles (2004)Les jours fragilesRetour parmi les hommes (2011)Se résoudre aux adieux (2007)Un garçon d'Italie (2003)Un homme accidentel (2008)Un instant d'abandon (2005)Une bonne raison de se tuer (2012)Vivre vite (2015)