N'avons-nous pas souvent conscience d'avoir dispersé l'unité de notre vie en une multitude dérisoire d'attentes?
Auteur
Nicolas Grimaldi
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L'art est le plus subreptice et le plus pernicieux instrument de dénigrement de l'existence. Loin d'en être l'exaltation, c'est lui qui nous la fait diffamer.
La société n'est qu'un spectacle. Ce qu'on est convenu d'appeler l'ordre social n'en est que la distribution des rôles.
A notre insu, subrepticement, nous sommes si sociables qu'il nous est presque impossible de prendre conscience de nous-mêmes autrement que par l'image que nous imaginons donner de nous-mêmes à autrui.
Nous voulons être reconnus à la fois comme identiques et comme différents. Identiques, pour n'avoir pas honte de notre différence. Différents, pour tirer quelque fierté de notre distinction.
Notre identité n'est pas chose faite, toujours déjà constituée, mais une perspective toujours ouverte, l'attente de possibles indéterminables.
Si le propre de la vie est d'adapter l'individu à son milieu, le propre de la volonté est de l'en soustraire.
Aucune graine ne devient un arbre que par un perpétuel travail sur soi-même tirant de ce qu'on est toujours plus que ce qu'on était.
Au plus intérieur, au plus secret de nous-mêmes, l'avenir est un vide que nous nous efforçons en vain de remplir à chaque instant. Car vivre c'est attendre.
Quoi qu'un homme ait poursuivi et quoi qu'il ait obtenu, rien ne le contente.
La plus constante de nos occupations ne serait pas de fuir la solitude si la solitude n'était notre plus originaire et plus constante expérience.
Puisque je ne suis pas ce que je suis vu, ceux qui me voient ne me voient donc jamais. Ma solitude est alors une seule et même chose avec ma clandestinité.
Si original, si inventif, si novateur soit-il, chaque moi est la confluence et comme la concrétion d'une infinité d'autres.
Aimés ou détestés, nous ne le sommes que par malentendu.
En comprenant que notre nature est celle d'un flux ou d'un rayonnement, nous ne pouvons plus être avares de nous-mêmes.
Imaginer, rêver, espérer, c'est avoir réuni toutes les conditions de la désillusion.
Si loin, le réel nous fascine. Si proche, nous sommes toujours surpris de le trouver si peu surprenant.
Se représenter le réel, c'est s'en absenter.
Bien loin de tout ramener à soi, comme fait l'hédonisme, l'amour nous fait au contraire imaginer d'en sortir.
Qu'il s'agisse de lieux, d'événements, de personnes, il n'en est pas un qui ne déçoive si nous les avons souvent imaginés avant de les percevoir.
Cette façon intense d'exister que nous communiqueraient des paysages inconnus ou des personnes appartenant à d'autres mondes, c'est ce que nous attendons aussi bien des voyages que de l'amour.
On n'aime que ce qu'on ne possède pas.
Nous devons nos amours à nos souffrances, et nos souffrances à nos angoisses.
Reine des facultés, l'imagination ne l'est qu'autant qu'elle semble nous livrer un royaume où il n'y a rien qui ne soit à notre convenance et à notre merci.
Il n'est de conscience que séparée ; et il n'est pour la conscience séparation que du temps.
Œuvres de Nicolas Grimaldi
Ambiguïtés de la liberté (1999)Bref Traité du désenchantement (1998)L'Effervescence du vide (2012)L'ardent sanglot (1995)Le Livre de Judas (2006)Le Travail, communion et excommunication (1998)Ontologie du temps (1993)Proust, les horreurs de l'amour (2008)Préjugés et paradoxes (2007)Traité des solitudes (2003)Une démence ordinaire (2009)