Auteur

Muriel Barbery

Personne ne semble avoir songé au fait que si l'existence est absurde, y réussir brillamment n'a pas plus de valeur qu'y échouer.
Vous seriez surpris de ce que se disent les petites gens. Elles préfèrent les histoires aux théories, les anecdotes aux concepts, les images aux idées. Cela ne les empêche pas de philosopher.
Comment naît l'Art ? il s'accouche de la capacité qu'a l'esprit à sculpter le domaine sensoriel. Il met en forme et rend visibles nos émotions...
A qui n'a jamais compris que l'enchantement de la langue française naît de telles subtilités, j'adresse la prière suivante : méfiez-vous des virgules.
Alors s'il y a quelque chose dans le monde qui vaut la peine de vivre, je ne dois pas le louper parce qu'une fois qu'on est mort, il est trop tard pour avoir des regrets et parce que mourir parce qu'on s'est trompé c'est vraiment bête.
Personne ne semble avoir songé que si la vie est absurde, y réussir brillamment n'a pas plus de valeur que d'y échouer.
Peut-être que je suis le symptôme de la contradiction familiale et donc celle qui doit disparaître pour que la famille aille bien.
Finalement, les ados croient devenir adultes en singeant des adultes qui sont restés des gosses et fuient devant la vie.
Indigente par le nom, la position et l'aspect, je suis en mon entendement une déesse invaincue.
Thé et manga contre café et journal : l'élégance et l'enchantement contre la triste agressivité des jeux de pouvoir adultes.
C'est toucher le fond de la marre sociale que d'entendre dans la voix d'un riche qu'il ne s'adresse qu'a lui même et que, bien que les mots qu'il prononce vous soient techniquement destinés, il n'imagine même pas que vous puissiez les comprendre.
Et, de toutes mes forces, je lance une supplique pour que ta vie soit à la hauteur de ce que tu promets.
Elle a pourri la vie de sa belle-fille jusqu'au bout. Paix à son âme, c'était une sainte femme, avait ajouté Manuela - qui vouait à la jeune Mme Meurisse une haine racinienne - en guise d'oraison funèbre.
Toutes les familles heureuses se ressemblent mais les familles malheureuses le sont chacune à leur façon est la première phrase d'Anna Karénine que, comme toute bonne concierge, je ne saurais avoir lu, non plus qu'il ne m'est accordé d'avoir sursauté par hasard à la seconde partie de cette phrase, dans un moment de grâce, sans savoir qu'elle venait de Tolstoï.
Oui, l'univers conspire à la vacuité, les âmes perdues pleurent la beauté, l'insignifiance nous encercle.
S'il y a bien une chose que les pauvres détestent, ce sont les autres pauvres.
J'enclenche la cassette, je sirote du thé au jasmin. De temps en temps, je reviens en arrière, grâce à ce rosaire laïc qu'on appelle la télécommande.
Aimer, ça ne doit pas être un moyen, ça doit être un but.
Où se trouve la beauté ? Dans les grandes choses qui, comme les autres, sont condamnées à mourir, ou bien dans les petites qui, sans prétendre à rien, savent incruster dans l'instant une gemme d'infini ?
Disons que l'idée de me battre dans un monde de nantis, moi, la fille de rien, sans beauté ni piquant, sans passé ni ambition, sans entregent ni éclat, m'a fatiguée avant même d'essayer.
Je me lève en prenant soin de traîner mes pieds enchâssés dans des chaussons si conformes que seule la coalition de la baguette de pain et du béret peut leur lancer le défi des clichés consensuels.
Une onomatopée et une familiarité pareille dans la bouche de Manuela c'est un peu comme si le pape, s'oubliant, lançait aux cardinaux : Mais où est donc cette saleté de mitre ? Foutue mitre, dit le pape.
C'est peut-être ça la vie : beaucoup de désespoir mais aussi quelques moments de beauté où le temps n'est plus le même.
L'important n'est pas de mourir mais ce que l'on fait quand on va mourir : Madame Michelle avait décider d'aimer.
Vivre, se nourrir, se reproduire, accomplir la tâche pour laquelle on est né et mourir : ça n'a aucun sens, c'est vrai, mais c'est comme ça que les choses sont.

Œuvres de Muriel Barbery

L' élégance du hérisson (2006)L'élégance du hérisson (2006)Une gourmandise (2000)