Œuvre
Une gourmandise (2000)
Ce qui se joue dans le face-à-face de celui qui abdique et de celui qui conquiert, est-ce filiation, est-ce renoncement?
Le pain, le sable: deux chaleurs connexes, deux attirances complices; c'est à chaque fois tout un monde de bonheurs rustiques qui envahit notre perception.
On croit que les enfants ne savent rien. C'est à se demander si les grandes personnes ont été des enfants, un jour.
Les mots: écrins qui recueillent une réalité esseulée et la métamorphosent en un moment d'anthologie, magiciens qui changent la face de la réalité en l'embellissant du droit de devenir mémorable, rangée dans la bibliothèque des souvenirs.
La caverne aux trésors, c'était cela, ce rythme parfait, cette harmonie chatoyante entre des unités en elles-mêmes exquises mais dont la succession stricte et rituelle confinait au sublime.
Un homme qui pète au lit, ma grand-mère le disait, c'est un homme qui aime la vie.
Mémoire illusoire qui veut faire de l'or avec du sable, de l'éternité avec le temps.
L'Etat! Comme l'Etat a bon dos lorsqu'il s'agit d'accuser un autre qui n'est autre que soi!
Exaltation de l'enfance: combien d'années passons-nous à oublier cette passion que nous insufflions à toute activité qui nous promettait du plaisir?
Consistante, immédiatement elle-même malgré la béance des quais ouverts sur l'ailleurs, animée d'une vie autosuffisante, enclave de sens à la croisée des chemins, Tanger nous happait vigoureusement à la première minute.
Un tilleul qui embaume dans la fin du jour, c'est un ravissement qui s'imprime en nous de manière indélébile et, au creux de notre joie d'exister, trace un sillon de bonheur que la douceur d'un soir de juillet à elle seule ne saurait expliquer.