Auteur

Muriel Barbery

Nous parlons d'amour, de bien et de mal ... et nous accrochons à ces icônes respectables comme la tique assoiffée à son gros chien tout chaud.
Les hommes vivent dans un monde où ce sont les mots et non les actes qui ont du pouvoir, où la compétence ultime, c'est la maîtrise du langage.
La Civilisation, c'est la violence maîtrisée, la victoire toujours inachevée sur l'agressivité du primate.
Les gens croient poursuivre les étoiles et ils finissent comme des poissons rouges dans un bocal.
Les psys sont des comiques qui croient que la métaphore, c'est un truc de grand sage.
L'Art, c'est la vie, mais sur un autre rythme.
Je suis toujours fascinée par l'abnégation avec laquelle nous autres humains sommes capables de consacrer une grande énergie à la quête du rien et au brassage de pensées inutiles et absurdes.
L'éternité, cet invisible que nous regardons.
C'est peut-être ça, être vivant: traquer des instants qui meurent.
La misère est une faucheuse: elle moissonne en nous tout ce que nous avons d'aptitude au commerce de l'autre et nous laisse vides, lavés de sentiments, pour pouvoir endurer toute la noirceur du présent.
Le futur, ça sert à ça: à construire le présent avec des vrais projets de vivants.
Ainsi vit-on sa vie d'homme, dans notre univers: il faut sans cesse reconstruire son identité d'adulte, cet assemblage bancal et éphémère, si fragile, qui habille le désespoir et, à soi devant sa glace, raconte le mensonge auquel on a besoin de croire.
Les riches se convainquent que leur vie suit un sillon céleste que le pouvoir de l'argent creuse naturellement.
La faculté que nous avons de nous manipuler nous-mêmes pour que ne vacille point le socle de nos croyances est un phénomène fascinant.
La quiétude que nous éprouvons lorsque nous sommes seuls, cette certitude de nous-mêmes dans la sérénité de la solitude ne sont rien en comparaison du laisser-aller, du laisser-venir et laisser-parler qui se vit avec l'autre, en compagnie complice...
Lorsque la maladie entre dans un foyer, elle ne s'empare par seulement d'un corps mais tisse entre les coeurs une sombre toile où s'ensevelit l'espoir.
Comment décide-t-on de la valeur d'une vie? Ce qui importe, ce n'est pas de mourir, c'est ce qu'on fait au moment où on meurt. Que faisais-je au moment de mourir? J'avais rencontré l'autre et j'étais prête à aimer.
Ce qui est beau, c'est ce qu'on saisit alors que ça passe. C'est la configuration éphémère des choses au moment où on en voit en même temps la beauté et la mort.
Est-ce que ça veut dire que c'est comme ça qu'il faut mener sa vie? Toujours en équilibre entre la beauté et la mort, le mouvement et sa disparition?
Vivre, mourir: ce ne sont que des conséquences de ce qu'on a construit. Ce qui compte, c'est de bien construire. Je veux mourir en construisant.
Oui, quittons ce monde où ce qui bouge dévoile ce qui est laid.
Jour après jour, nous arpentons notre vie comme on arpente un couloir.
Je crois qu'il n'y a qu'une chose à faire: trouver la tâche pour laquelle nous sommes nés et l'accomplir du mieux que nous pouvons, de toutes nos forces, sans chercher midi à quatorze heures et sans croire qu'il y a du divin dans notre nature animale.
Je me mets à pleurer, doucement, lentement, avec dans le coeur un camélia frémissant.
Qu'est-ce qu'une aristocrate? C'est une femme que la vulgarité n'atteint pas bien qu'elle en soit cernée.

Œuvres de Muriel Barbery

L' élégance du hérisson (2006)L'élégance du hérisson (2006)Une gourmandise (2000)