Le verbe aimer, ça sert à excuser toutes les lâchetés, les mensonges, les coups d'arnaque. C'est un paquet-cadeau pour planquer des horreurs.
Auteur
Marie-Sabine Roger
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Le privilège de l'âge, c'est que lorsqu'on s'ennuie, au moins, ce n'est plus pour longtemps.
L'affection, ça grandit sous cape, ça prend racine malgré soi et puis ça envahit pire que du chiendent. Ensuite c'est trop tard: le coeur, on ne peut pas le passer au rundup pour lui désherber la tendresse.
Au primaire, il y a des gamins qui apprennent leurs tables et leurs conjugaisons. Moi, j'ai appris des choses plus utiles: les plus forts aiment bien marcher sur la gueule des autres, et s'essuyer les pieds au passage, comme on fait sur les paillassons.
Pour faire chanter les gens, il faut une partition.
C'est la nécessité qui fait le diplomate.
L'espoir, c'est bon pour les rêveurs et les adolescents.
A force de tout faire pour éviter les mauvaises surprises, on finit par rater les bonnes, aussi.
L'habitude amortit les chocs. Les beaux deviennent ordinaires. On finit par se demander pourquoi on les trouvait tellement magnifiques, craquants et à tomber par terre. Et les vilains gagnent à être revus.
C'est pas bosser qui me fait peur, c'est passer cinq jours par semaine à espérer le samedi. Et faire la gueule le dimanche, parce qu'ensuite il y a le lundi. Comme la plupart de ceux que je connais et que je n'envie pas, quel que soit leur salaire.
Le seul sens que je trouve à ma vie, c'est un sens giratoire. J'avance sans arrêt mais je n'arrive pas à rien, sauf à me retrouver toujours au même point. Si un jour je trouve ma voie, ce sera sûrement une impasse.
Le plaisir est un trésor secret, un bien-être qui se resquille. C'est du bonheur de braconnier.
La charité Chrétienne, c'est répondre courage ! à quelqu'un qui vient chercher secours. Et puis à fermer sa porte, à double tour.
Pour aimer, il faut parfois du temps, du calme et du secret.
Combien de gens s'abonnent au malheur, tout seuls, comme des grands, et ne résilient plus jamais l'abonnement ?
On passe des années à rêver d'être grands, tout ça pour regretter quand on était petits.
Les secrets de famille sont de noires araignées qui tissent autour de nous une toile collante. Plus le temps passe, plus on est ligoté, bâillonné, serré dans une gangue. Incapable de bouger, de parler. D'exister.
Les voyageurs, les vrais, ils ont ça dans le sang. Même quand ils s'arrêtent, qu'ils ne vont nulle part, il y a toujours en eux une porte d'embarquement, un billet composté pour le rêve.
Lorsqu'on vit dans le désert, on finit par aimer le premier cactus qui pousse.
La relation avec mes parents avait plus de plomb dans l'aile qu'une palombe lâchée à l'ouverture de la chasse.
Je me suis fait tout seul, et alors ? Même si ce n'est pas bâti dans les normes, ça tient.
Aimer, c'est un mot très violent, faut y être habitué. Si on vous l'a répété tous les jours depuis qu'on est petit c'est sûrement plus simple à lâcher. Mais quand on ne vous l'a jamais dit jusqu'à un âge adulte avancé, c'est trop gros pour sortir.
Si être intelligent, c'était qu'une question de volonté, je serais un génie, je peux dire. Parce que j'en ai fait, des efforts.
C'est un peu ça que je ne veux pas faire : ranger mes rêves au fond d'un tiroir-caisse, et rendre la monnaie sur tous mes faux espoirs.
Pour certains le travail est une chose sacrée. Chacun sa religion. Je suis très tolérant.
Œuvres de Marie-Sabine Roger
Bon Rétablissement (2012)Et tu te soumettras à la loi de ton père (2010)Il ne fait jamais noir en ville (2010)La tête en friche (2009)Les encombrants (2007)Sauve-toi, sauve-nous (1999)Tout blanc (2013)Trente-six chandelles (2014)Un simple viol (2010)Une poignée d'argile (2004)Vivement l'avenir (2010)