Œuvre
La tête en friche (2009)
Le privilège de l'âge, c'est que lorsqu'on s'ennuie, au moins, ce n'est plus pour longtemps.
L'affection, ça grandit sous cape, ça prend racine malgré soi et puis ça envahit pire que du chiendent. Ensuite c'est trop tard: le coeur, on ne peut pas le passer au rundup pour lui désherber la tendresse.
Au primaire, il y a des gamins qui apprennent leurs tables et leurs conjugaisons. Moi, j'ai appris des choses plus utiles: les plus forts aiment bien marcher sur la gueule des autres, et s'essuyer les pieds au passage, comme on fait sur les paillassons.
On passe des années à rêver d'être grands, tout ça pour regretter quand on était petits.
Je me suis fait tout seul, et alors ? Même si ce n'est pas bâti dans les normes, ça tient.
Aimer, c'est un mot très violent, faut y être habitué. Si on vous l'a répété tous les jours depuis qu'on est petit c'est sûrement plus simple à lâcher. Mais quand on ne vous l'a jamais dit jusqu'à un âge adulte avancé, c'est trop gros pour sortir.
Si être intelligent, c'était qu'une question de volonté, je serais un génie, je peux dire. Parce que j'en ai fait, des efforts.
Quand on aime les gens, on les garde à l'abri.
C'est pas parce qu'on est inculte qu'on n'est pas cultivable. Il suffit de tomber sur un bon jardinier.
Apprendre à réfléchir, ça revient à donner des lunettes à un myope.
Le chagrin, parfois, ça vous tanne le cuir si profond qu'on est tout souple et doux après.
Un dictionnaire, ce n'est pas un simple livre. C'est bien plus que cela. C'est un labyrinthe... Un extraordinaire labyrinthe, où l'on se perd avec bonheur.
Ce qui ne te tue pas te rend plus fort. Alors c'est ça la vie : ou t'es fort, ou t'es mort ? Tu parles d'un choix à la con.