Auteur

Macha Méril

Quand on est en guerre, une mort est un mauvais point dans un bilan ; quand c'est la maladie, une mort est une défaite de la médecine ; quand c'est un accident du travail, une mort est un pas vers la justice, la protection des travailleurs, la mécanisation. Quand c'est la révolution, une vie vaut dix vies, celles de la paix future, du renouveau. Quand on meurt dans son avion, comme Saint-Exupéry, c'est une vie gagnée, celle de la gloire et un pied de nez à la médiocrité et à la triste vieillesse
L'élégance et la sobriété dont rêvent tous les auteurs sont intimidantes, on éloigne le public avec un message trop classieux. J'ai donc cessé de m'indigner des photos mises de travers, contournées, ou retournées pour que le visage soit orienté vers le milieu de la page. J'ai cessé de défendre la modernité et la pureté d'une ligne esthétique. Qu'on m'enfouisse dans un délire de graphiste, je n'en serai pas moins lue, les lecteurs qui m'importent braveront les barrières du mauvais goût
On dirait qu'une vie doit contenir son lot obligatoire de souffrance. La liberté qui nous reste est celle de vivre écrasé ou avec panache, de rire dans la douleur ou de porter lourdement sa croix. Ma mère savait rire, et nous faire rire
Pour faire du cinéma, il ne faut pas transpirer, il faut respirer.
Je pense aussi que nous sommes constitués par nos souffrances. Le chagrin est à la vie ce que l'antimatière est à la matière. Je m'attends à souffrir, bien que je lutte de toutes mes forces pour être heureuse
Nous sommes bien plus dangereux que des hommes armés. Nous entrons partout, comme l'air qu'on respire. On a raison de se méfier des artistes dans les pays totalitaires.
Les apparences sont souvent le fruit d'une grande mise en scène, d'un véritable geste artistique.
J'ai un flash de nostalgie pour la foi aveugle. Notre cartésianisme nous rend-il heureux ? Comme en amour, la partialité absolue n'est-elle pas pourvoyeuse d'extase ? L'illusion n'est-elle pas plus douce que la raison ?
Le bon cinéma est un langage universel qui réunit les gens les plus divers.
Il faut construire une société compacte, aucun ciment n'est plus solide que la morale collective.
Un jour, je suis morte. J'ai eu du mal à m'en remettre. Je ne m'en remets pas, en vérité. Si le soleil est la vie, je suis la lune.
Si le soleil est la vie, je suis la lune
Divine catharsis du théâtre. Vous écoulez le trop-plein de vos passions et moi, sur scène, je prends corps. Je suis animée par le puissant transfert collectif.
Vivre avec moi-même n'est pas commode. Pas infaisable puisque je vous parle, mais incommode. Je porte mon lourd cadavre sur le dos, chacun de mes efforts est multiplié par cette charge pesante.
Méfiez-vous des euphoriques, ils ne sont pas heureux.
Ma vie continue pourtant. En gris, sans contrastes, d'une manière égale. Rien de saillant, aucun évènement à souligner, à mettre en gras. Autrefois on disait ça de l'écriture, les pleins et les déliés. Je suis déliée. Les pleins, c'est pour les autres. Je ne connais pas les pleins. Les pleins sont devant, je suis derrière, je viens après, en mince filigrane.
Je ne vois aucun progrès de l'humanité. La violence ravage l'intime et le collectif et l'accès élargi à la culture a fait d'elle une marchandise.

Œuvres de Macha Méril

Ce qu'il voulait (2012)JuryUn jour, je suis morte