Ma vie continue pourtant. En gris, sans contrastes, d'une manière égale. Rien de saillant, aucun évènement à souligner, à mettre en gras. Autrefois on disait ça de l'écriture, les pleins et les déliés. Je suis déliée. Les pleins, c'est pour les autres. Je ne connais pas les pleins. Les pleins sont devant, je suis derrière, je viens après, en mince filigrane.
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Si le soleil est la vie, je suis la lune
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À lire aussi de Macha Méril
Les bonnes âmes ne cessaient de lui dire qu'on a plusieurs vies au cours de la vie, qu'un seul homme ne peut endosser toutes les fonctions, répondre à tous les besoins d'une femme, de même qu'une femme ne peut assouvir tous les désirs d'un homme.
Je pense aussi que nous sommes constitués par nos souffrances. Le chagrin est à la vie ce que l'antimatière est à la matière. Je m'attends à souffrir, bien que je lutte de toutes mes forces pour être heureuse
On dirait qu'une vie doit contenir son lot obligatoire de souffrance. La liberté qui nous reste est celle de vivre écrasé ou avec panache, de rire dans la douleur ou de porter lourdement sa croix. Ma mère savait rire, et nous faire rire
On ne parle pas de corde dans la maison d'un pendu.
Dans la même œuvre
Un jour, je suis morte. J'ai eu du mal à m'en remettre. Je ne m'en remets pas, en vérité. Si le soleil est la vie, je suis la lune.
Divine catharsis du théâtre. Vous écoulez le trop-plein de vos passions et moi, sur scène, je prends corps. Je suis animée par le puissant transfert collectif.
Vivre avec moi-même n'est pas commode. Pas infaisable puisque je vous parle, mais incommode. Je porte mon lourd cadavre sur le dos, chacun de mes efforts est multiplié par cette charge pesante.
Méfiez-vous des euphoriques, ils ne sont pas heureux.
Ma vie continue pourtant. En gris, sans contrastes, d'une manière égale. Rien de saillant, aucun évènement à souligner, à mettre en gras. Autrefois on disait ça de l'écriture, les pleins et les déliés. Je suis déliée. Les pleins, c'est pour les autres. Je ne connais pas les pleins. Les pleins sont devant, je suis derrière, je viens après, en mince filigrane.