Nous réfléchissons bien plus à l'emploi de notre argent renouvelable, qu'à celui de notre temps irremplaçable.
Auteur
Jean-Louis Servan-Schreiber
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Il est évidemment plus facile d'être de gauche sur le Chili que dans son propre lit.
Quand le temps devant soi se rétrécit, on acquiert plus de modestie, donc de réalisme sur ce que l'on peut encore attendre de sa vie.
Le paradoxe du temps, c’est que rares sont ceux qui estiment en avoir suffisamment, alors que chacun dispose de sa totalité.
Le temps c’est de l’argent, mais la réciproque est tout aussi vraie.
Lorsque nous consommons, nous tenons compte du prix mais rarement du temps de consommation. Combien de résidences secondaires, de disques, de livres, etc. sont-ils véritablement utilisés ?
Nous consacrons des miettes de temps à une multitude de plaisirs, au lieu de profiter à loisir des rares qui nous conviennent vraiment.
Voici quelques voleurs de temps externes : les appels téléphoniques, les collègues qui viennent vous faire la conversation ou exposer leurs problèmes, la politique de la porte ouverte, les visiteurs qui débarquent à l’improviste, le personnel incompétent, les chefs, les sorties d’affaires, les réunions trop fréquentes ou mal préparées, l’entretien et la réparation de machines, les rendez-vous pour les enfants, les tâches domestiques, les enfants, etc.
Voici quelques voleurs internes : les objectifs confus et changeants, l’absence de plan de travail quotidien, les travaux encore en cours, l’absence de dates limites imposées, la tendance à en faire trop, le perfectionnisme, le manque d’ordre, la délégation insuffisante, l’attention excessive aux détails, le retard à traiter les conflits, la résistance au changement, les intérêts dispersés et trop nombreux, l’inaptitude à dire non, une mauvaise communication, de mauvaises décisions, la manque de forme, etc.
Les quatre injonctions de Kahler vis à vis de l’action, qui occasionnent souvent des pertes de temps : les « dépêche-toi », les « sois parfait », les fais-moi plaisir » et les « sois fort ».
Devancer le temps en pensée nous dote de trois pouvoirs distincts : prévoir, vouloir, se préparer.
Chaque temps a son importance. Voici quelques types de temps : le temps du corps, le temps des loisirs, le temps du plaisir, le temps de la consommation, le temps des voyages, le temps du repos, le temps de l’amour, le temps des autres, le temps de la famille, le temps de la lecture, le temps de développement, le temps de la création, le temps de la méditation, le temps de la régression, le temps de la solitude.
De nos jours, si l’on veut être parmi les meilleurs en quoi que ce soit, il faut accepter, par manque de temps, d’être parmi les moins bons en bien d’autres domaines.
Pour se faire un ami du temps, il convient de la traiter comme il se doit avec un ami : en lui consacrant du temps.
Longtemps j’ai admiré les hommes pressés. Jusqu’à ce que je réalise qu’ils n’étaient que stressés. Ce que je redoute le plus dans le stress, ce n’est pas qu’il tue, c’est qu’il empêche de goûter la vie.
De même qu’on éteint un incendie de forêt par un contre-feu il faut, pour lutter contre le manque de temps, consacrer du temps à la réflexion sur l’emploi de son temps : donner du temps au temps.
Il est impossible d’éliminer les perturbations du temps, mais il est essentiel de pouvoir d’emblée les situer par rapport à son programme.
Si vous n’arrivez pas à commencer ce que vous aviez prévu de faire, ne faites rien ! Mais vraiment rien. Restez assis les mains sur les genoux, les yeux clos, essayez de faire le vide dans la tête. Tenir le coup jusqu’à ce qu’on se sente en état de véritable inaction, mentale et physique. Rouvrir les yeux et commencer à entreprendre immédiatement ce qu’on devait faire.
En conclusion, l’application quotidienne de ces quelques principes m’a apporté ceci : je travaille à peine moins (les 35 heures, c’est tellement bien que je les pratique deux fois par semaine) ; je me concentre sur l’essentiel ; je ne suis pas stressé ; je profite de la vie ; j’ai besoin de faire des progrès (toujours améliorer ses techniques).
Claudel a dit : « Ce n’est point le temps qui manque, c’est nous qui lui manquons. »
La Bruyère a écrit : « Le regret qu’on les hommes du mauvais emploi du temps qu’ils ont déjà vécu ne les conduit pas toujours à faire meilleur usage de celui qui leur reste à vivre. »
Sérénité constante, disponibilité aux autres, multiples intérêts, les vrais maîtres du temps, parce qu’ils savent prendre du recul, y ajoutent l’humour.
Un emploi du temps ne se gère pas, il se cisèle. Il est plus raisonnable de déléguer sa carte de crédit que son agenda.
Lorsque nous consommons, nous tenons compte du prix mais rarement du temps de consommation. Combien de résidences secondaires, de disques, de livres, etc. sont-ils véritablement utilisés ?