Auteur

Guy de Maupassant

Toute réunion d'hommes m'est odieuse. Un bal me donne de la tristesse pour huit jours. Je n'ai jamais vu une course de chevaux, ni même une revue, ni une Fête Nationale. J'ai horreur de tout ce qui est fade, timoré, inexpressif.
Je vous répète que je suis un faune. De là vient peut-être l'exaspération où me jette la société, les réunions du monde, la médiocrité des conversations, la laideur des costumes, la fausseté des attitudes.
Il faut voir parler la bouche pour savoir ce que pense la tête.
Les sentiments sont des rêves dont les sensations sont les réalités.
Oh! le souvenir, le souvenir! miroir douloureux, miroir brûlant, miroir vivant, miroir horrible qui fait souffrir toutes les tortures.
On s'acharne pendant des années à imiter ce qui est, et on arrive à peine, par cette copie immobile et muette des actes de la vie, à faire comprendre aux yeux exercés ce qu'on a voulu tenter.
L'architecture, le plus incompris et le plus oublié des arts d'aujourd'hui, en est peut-être aussi le plus mystérieux et le plus nourri d'idées.
Ce qu'il y a de propre, de joli, d'élégant, d'idéal sur la terre, ce n'est pas Dieu qui l'y a mis, c'est l'homme, c'est le cerveau humain.
Eternel meurtrier, qui semble ne goûter le plaisir de produire que pour savourer insatiablement sa passion acharnée de tuer de nouveau, de recommencer ses exterminations à mesure qu'il crée des êtres.
Le sens de l'art, ce flair si délicat, si subtil, si insaisissable, si inexprimable, est essentiellement un don des aristocraties intelligentes; il n'appartient pas aux démocraties.
Ah! c'est qu'il est difficile de trouver un homme qui ait de l'espace dans la pensée, qui vous donne la sensation de ces grandes haleines du large qu'on respire sur les côtes de la mer.
Les femmes, c'est le temple de la Chair, fraîche ou non. Objets d'occasion valant le neuf, et même mieux, cotés cher, à prendre à bail.
Celle-là avait des yeux bleus, de ces yeux bleus qui semblent contenir toute la poésie, tout le rêve, toute l'espérance, tout le bonheur du monde!
Aussitôt qu'une femme parle mal notre langue, elle est charmante; si elle fait une faute de français par mot, elle est exquise, et si elle baragouine d'une façon tout à fait inintelligible, elle devient irrésistible.
L'amour légal le prend toujours de haut avec son libre confrère.
Moi, quand j'aime une femme, tout disparaît du monde autour d'elle.
Il n'y a pas de bonheur comparable à la première pression des mains, quand l'une demande : M'aimez-vous ? et quand l'autre répond : Oui, je t'aime.
Il nous faut autour de nous, des hommes qui pensent et qui parlent. Quand nous sommes seuls longtemps, nous peuplons le vide de fantômes.
C'est vilain, la vie ! Si on y trouve une fois un peu de douceur, on est coupable de s'y abandonner et on le paie bien cher plus tard.
Parmi tous les mystères de la vie humaine, il en est un que j'ai pénétré : notre grand tourment dans l'existence vient de ce que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu'à fuir cette solitude.
On a dépeuplé l'imagination en surprenant l'invisible. Notre terre m'apparaît aujourd'hui comme un monde abandonné, vide et nu. Les croyances sont parties qui la rendaient poétique.
On n'a vraiment peur que de ce qu'on ne comprend pas.
Nous sommes les jouets éternels d'illusions stupides et charmantes toujours renouvelées.
Chaque cerveau est comme un cirque, où tourne éternellement un pauvre cheval enfermé.
L'amour appartient à tout le monde. Chacun y passe et le subit plus ou moins ; et les choses rares sont seules précieuses.

Œuvres de Guy de Maupassant

A la feuille de roseAmoureux et primeurs, dans le GauloisAmoureux et primeurs, dans le Gaulois, 30 mars 1881.Au soleil (1884)Au soleil (1884), AlgerAu soleil (1884), En BretagneAu soleil (1884), Le ZarezBel amiBel ami (1885)Bel-Ami (1885)Boule de suifBoule de suif (1880)ChroniquesClair de Lune (1883)Clair de Lune (1883), La nuitClair de Lune (1883), Les bijouxClair de Lune (1883), Une veuveContesContes de la bécasseContes de la bécasse (1883)