Auteur

Guy de Maupassant

Variable à l'infini malgré les siècles et les travaux des grands cuisiniers, - la gourmandise réside dans l'exquise délicatesse du palais et dans la multiple subtilité du goût, que peut seule posséder et comprendre une âme de sensuel cent fois raffiné.
Les véritables gourmands sont rares comme les hommes de génie.
La gourmandise a encore l'inestimable avantage de développer entre compagnons de table des sentiments d'indéracinable affection, infiniment plus indissolubles que les sentiments qui naissent entre compagnons de... lune de miel.
Personne n'oublie plus vite qu'un amoureux ; et les tombes des cimetières, couvertes de regrets éternels , sont aussi menteuses que les coeurs.
La vie, voyez-vous, ça n'est jamais ni si bon ni si mauvais qu'on croit.
Une femme ne peut aimer passionnément qu'après avoir été mariée. Si je la pouvais comparer à une maison, je dirais qu'elle n'est habitable que lorsqu'un mari a essuyé les plâtres.
La provinciale fine a une allure toute particulière, plus discrète que celle de la Parisienne, plus humble, qui ne promet rien et donne beaucoup, tandis que la Parisienne, la plupart du temps, promet beaucoup et ne donne rien au déshabillé.
Beaucoup de poètes pensent que la nature n'est pas complète sans la femme, et de là viennent sans doute toutes les comparaisons fleuries qui, dans leurs chants, font tour à tour de notre compagne naturelle une rose, une violette, une tulipe, etc., etc.
On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que les morts.
La nature est notre ennemie, qu'il faut toujours lutter contre la nature, car elle nous ramène sans cesse à l'animal.
Qu'y a-t-il, en effet, de plus ignoble, de plus répugnant que cet acte ordurier et ridicule de la reproduction des êtres, contre lequel toutes les âmes délicates sont et seront éternellement révoltées.
Et plus nous sommes civilisés, intelligents, raffinés, plus nous devons vaincre et dompter l'instinct animal qui représente en nous la volonté de Dieu.
Et Rousseau, Monsieur ? Voici son opinion : Les femmes, en général, n'aiment aucun art, ne se connaissent à aucun, et n'ont aucun génie.
J'ai pourtant une morale, dit-il, elle est bien simple et toujours applicable ; une phrase la formule, la voici : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît.
Que ce mot, si court, est insondable et terrible !
Pour aimer, il faut être aveugle, se livrer entièrement, ne rien voir, ne rien raisonner, ne rien comprendre. Il faut pouvoir adorer les faiblesses autant que les beautés, renoncer à tout jugement, à toute réflexion, à toute perspicacité.
On croit l'aimer et c'est l'amour qu'on aime.
On devient amoureux d'une femme, avant de l'épouser, on ne redevient point amoureux de sa femme.
Le coeur des femmes n'admet point qu'on ait des droits.
Les lettres d'amour vraiment passionnées sont souvent plus dangereuses pour celui qui les écrit que pour celle qui les reçoit.
La parole éblouit et trompe, parce qu'elle est mimée par le visage, parce qu'on la voit sortir des lèvres, et que les lèvres plaisent et que les yeux séduisent. mais les mots noirs sur le papier blanc, c'est l'âme toute nue.
La femme ne travaille point ses termes : c'est l'émotion directe qui les jette à son esprit ; elle ne fouille pas les dictionnaires. Quand elle sent très fort, elle exprime très juste, sans peine et sans recherche, dans la sincérité mobile de sa nature.
Pour captiver entièrement un homme épris et le garder pour soi seule, au milieu des rivalités féminines, il faut se donner à lui, il faut le tenir par cette chaîne que le corps attache au corps.
Sait-on combien l'audace contient parfois de lâcheté fouettée ?
A quoi pouvons nous croire ? Toutes les religions sont stupides, avec leur morale puérile et leurs promesses égoïstes, monstrueusement bêtes.

Œuvres de Guy de Maupassant

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