Œuvre

Bel-Ami (1885)

Une vie! Quelques jours, et puis plus rien !
Duroy avait trouvé le Corton à son goût et il laissait chaque fois remplir son verre.
Il se comparait lui-même à un homme qui goûterait coup sur coup, les échantillons de tous les vins et ne distinguerait bientôt plus le Château Margaux de l'Argenteuil.
Saint-Potin, consulté sur les méthodes à employer pour trouver encore cent francs, n'avait découvert aucun expédient, bien qu'il fût un homme d'invention.
Il s'était cru riche avec les cinq cent mille francs extorqués à sa femme.
Et l'envie, l'envie amère, lui tombait dans l'âme goutte à goutte, comme un fiel qui corrompait toutes ses joies, rendait odieuse son existence.
Tu n'as pas d'habit? Bigre! en voilà une chose indispensable pourtant. A Paris, vois-tu, il vaudrait mieux n'avoir pas de lit que pas d'habit.
Les huîtres d'Ostende furent apportées, mignonnes et grasses, semblables à de petites oreilles enfermées en des coquilles, et fondant entre le palais et la langue ainsi que des bonbons salés.
Il parlait maintenant avec des intonations d'acteur, avec un jeu plaisant de figure qui divertissaient la jeune femme habituée aux manières et aux joyeusetés de la grande bohème des hommes de lettres.
Ces mots lui semblaient doux et caressants. Dits par l'autre tout à l'heure, ils l'irritaient et l'écoeuraient. Car les paroles d'amour, qui sont toujours les mêmes, prennent le goût des lèvres dont elles sortent.
Les paroles d'amour, qui sont toujours les mêmes, prennent le goût des lèvres dont elles sortent.
Toutes les religions sont stupides avec leur morale puérile et leurs promesses égoïstes, monstrueusement bêtes.
Les épaves de la noblesse sont toujours recueillies par les bourgeois parvenus.
Toutes les femmes sont des filles, il faut s'en servir et ne rien leur donner de soi.
Respirer, dormir, boire, manger, travailler, rêver, tout ce que nous faisons, c'est mourir. Vivre enfin, c'est mourir!
Ah! c'est qu'il est difficile de trouver un homme qui ait de l'espace dans la pensée, qui vous donne la sensation de ces grandes haleines du large qu'on respire sur les côtes de la mer.
Moi, quand j'aime une femme, tout disparaît du monde autour d'elle.
Il n'y a pas de bonheur comparable à la première pression des mains, quand l'une demande : M'aimez-vous ? et quand l'autre répond : Oui, je t'aime.
A quoi pouvons nous croire ? Toutes les religions sont stupides, avec leur morale puérile et leurs promesses égoïstes, monstrueusement bêtes.
Tu n'as pas d'habit ? Bigre ! En voilà, une chose indispensable pourtant ! A Paris, vois-tu, il vaudrait mieux n'avoir pas de lit que pas d'habit.
Voilà pourtant la seule bonne chose de la vie : l'amour ! Tenir dans ses bras une femme aimée ! Là est la limite du bonheur humain.
Ses camarades disaient de lui : C'est un malin, c'est un roublard, c'est un débrouillard qui saura se tirer d'affaire. Et il s'était promis en effet d'être un malin, un roublard et un débrouillard.
Ca n'est pas difficile de passer pour fort, va le tout est de ne pas se faire pincer en flagrant délit d'ignorance.
Toute sa joie disparut en une seconde avec sa confiance en lui et sa foi dans l'avenir. C'était fini, tout était fini, il ne ferait rien il ne serait rien il se sentait vide, incapable, inutile, condamné.
Ah ! qu'il est difficile de trouver un homme qui ait de l'espace dans la pensée, qui vous donne la sensation de ces grandes haleines du large qu'on respire sur les côtes de la mer.