Œuvre

Contes de la bécasse (1883)

... ces heures où notre chair contente nous pousse aux accouplements d'aventure.
Mais peu à peu ses membres s'engourdirent, sa pensée s'assoupit, devint incertaine, flottante.
Le chalutier repartit encore, courant sur le dos des flots, ballotté, secoué, ruisselant, souffleté par des paquets d'eau.
De temps en temps, un convive plein comme une barrique sortait jusqu'aux arbres prochains, se soulageait, puis rentrait avec une faim nouvelle aux dents.
Les deux paysans besognaient dur sur la terre inféconde pour élever tous leurs petits.
Il était bon vivant, joyeux, farceur, puissant mangeur et fort buveur, et vigoureux trousseur de servantes, bien qu'il eût plus de soixante ans.
Le bateau de pêche commandé par le patron Javel, entrant dans le port a été jeté à l'Ouest et est venu se briser sur les rochers du brise-lames de la jetée.
Le sanglier débusqué fila, suivi des chiens hurleurs, à travers des broussailles.
Devant nous la Seine se déroulait, ondulante, semée d'îles.
J'eus une sorte de frisson désagréable, un de ces effleurements pénibles qui nous touchent le coeur, comme l'approche d'un lourd chagrin.
Les hommes d'avant-garde le prendraient pour un éclaireur, pour quelque hardi et malin troupier parti seul en reconnaissance.
A huit heures on mangeait encore. Les hommes déboutonnés, en bras de chemise, la face rougie, engloutissaient comme des gouffres.
Il unit en des proportions admirables pour faire un ensemble parfait la blague du vieux soldat à la malice finaude du Normand.
Et on restait trois heures à table en racontant des coups de fusil. C'étaient d'étranges et invraisemblables aventures, où se complaisait l'humeur hâbleuse des chasseurs.
L'automne, l'automne merveilleux, mêlait son or et sa pourpre aux dernières verdures restées vives, comme si des gouttes de soleil fondu avaient coulé du ciel dans l'épaisseur des bois.