Auteur

Dany Laferrière

Me vient à l'esprit la fameuse interrogation de Thalès. Qui vient d'abord: la nuit ou le jour? Et Thalès tranche: la nuit est en avance d'un jour.
Je déteste tellement le cynisme et l'ironie que j'étais prêt à ne plus utiliser l'humour.
Mon coeur est à Port-au-Prince, mon corps à Miami et mon âme à Montréal.
Quand j'écris à la main j'ai tendance à faire, à écrire de manière trop fleurie.
Je n'ai aucune oreille musicale, la seule oreille que j'ai, c'est celle d'une machine à écrire.
Le livre n'est pas fait uniquement pour être lu par les autres. Forcément, il est fait aussi pour être lu plus tard, bien plus tard, très tard, par l'auteur.
L'imagination s'entraîne. Ce qui ne s'entraîne pas, c'est l'émotion.
La réalité de la dictature était ce fleuve de sang et de boue, et moi j'étais une feuille détachée d'une branche d'un arbre et qui flottait, légère et étourdie.
Les choses s'accumulent en moi et les séparations ne sont pas des soustractions. Cela permet des additions.
L'exilé, ce n'est pas celui qui part, puisque celui qui part va toujours découvrir un autre monde qu'il ne connaît pas et qui pourrait apporter un certain excitant à sa vie; l'exilé, c'est celui qui reste.
Le Québécois pense que la langue française est une langue du corps, une langue de la quotidienneté, et plus on la parle sous un mode naturel, plus on s'éloigne de l'hypocrisie de la grammaire, de l'hypocrisie de la singularité, de la phrase.
Les blessures dont on a honte ne se guérissent pas.
Si on meurt ici plus vite qu'ailleurs, la vie est ici plus intense. Chacun porte en soi la même somme d'énergie à dépenser sauf que la flamme est plus vive quand son temps pour brûler est plus bref.
La sieste est une courtoisie que nous faisons à notre corps exténué par le rythme brutal de la ville.
La seule intelligence qui vaille la peine, c'est celle qui nous permet de nous mettre à la place de l'autre - de ressentir ce qu'il ressent sous la douleur et l'humiliation.
Le livre est plus complexe qu'un ordinateur et aussi simple à ouvrir qu'un ciel d'été.
Plus les moyens de communication se multiplient, plus notre monde se rétrécit.
L'enfant devant la télé donne dos à tout. C'est à son dos qu'on parle, et c'est son dos qui nous répond.
Seul le voyage sans billet de retour peut nous sauver de la famille, du sang et de l'esprit de clocher.
Je consomme autant de viande ici en un hiver qu'un pauvre en mange en Haïti durant toute une vie.
Chacun porte en soi la même somme d'énergie à dépenser sauf que la flamme est plus vive quand son temps pour brûler est plus bref.
Toute guerre n'a pour but qu'une occupation du territoire.
On n'est pas forcément du pays où l'on est né. Il y a des graines que le vent aime semer ailleurs.
On ne meurt pas tant qu'on bouge. Mais ceux qui n'ont jamais franchi la barrière de leur village attendent le retour du voyageur pour estimer si cela valait la peine de partir.
Il arrive toujours ce moment où l'on ne se reconnaît plus dans le miroir à force de vivre sans reflet.

Œuvres de Dany Laferrière

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