Le bonheur, la douceur, la joie, - Tiennent entre les bras mêlés; - Pourtant les coeurs sont isolés - Et las comme un rameau qui ploie.
Auteur
Anna de Noailles
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La bonté n'atténue pas la lucide vision.
A ce coeur si rompu, si amer et si lourd, - Accorde le dormir sans songes et sans peines, - Sauve-le du regret, de l'orgueil, de l'amour.
Descendre par l'étroite, horizontale porte - Où l'on passe étendu, voilé, silencieux ; - Ne plus jamais vous voir, ô Lumière des cieux. - Hélas ! Je n'étais pas faite pour être morte.
Mes livres je les fis pour vous, ô jeunes hommes, - Et j'ai laissé dedans, - Comme font les enfants qui mordent dans des pommes - La marque de mes dents.
Ah ! que ma vie aussi comme une aile s'éploie ! - Que le lait bleu du jour m'étourdisse et me noie, - Que j'élève un front clair dans les vapeurs du ciel ! - - Qu'importe ton destin, ton martyre ou ta joie, - Il s'agit, ô mon coeur, que tu sois éternel !
Suavité ; j'ai mis mon coeur autour du monde.
Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature, - Ah ! Faut-il que mes yeux s'emplissent d'ombre un jour - Et que j'aille au pays sans vent et sans verdure - Que ne visitent pas la lumière et l'amour...
Le visage de ceux qu'on n'aime pas encor - Apparaît quelquefois aux fenêtres des rêves, - Et va s'illuminant sur de pâles décors - Dans un argentement de lune qui se lève.
Rire ou pleurer, mais que le coeur - Soit plein de parfums comme un vase, - Et contienne jusqu'à l'extase - La force vive ou la langueur.
Avoir la douleur ou la joie, - Pourvu que le coeur soit profond - Comme un arbre où des ailes font - Trembler le feuillage qui ploie.
S'en aller pensant ou rêvant, - Mais que le coeur donne sa sève - Et que l'âme chante et se lève - Comme une vague dans le vent.
Que le coeur s'éclaire ou se voile, - Qu'il soit sombre ou vif tour à tour, - Mais que son ombre et que son jour - Aient le soleil ou les étoiles...
L'amour et ses élans pudiques - Ont, dans leurs songes réticents, - Les noblesses de la musique.
Vis sans efforts et sans débats, - Garde tes torts, reste toi-même, - Qu'importent tes défauts ? Je t'aime - Comme si tu n'existais pas, - Car l'émanation secrète - Qui fait ton monde autour de toi - Ne dépend pas de tes tempêtes, - De ton coeur vif, ton coeur étroit.
L'anxieux frelon qui bourdonne - Ne peut pas altérer son ciel...
Je crois à l'âme, si c'est elle - Qui me donne cette vigueur - De me rapprocher de ton coeur - Quand tu parais sombre et rebelle !
Je crois à l'âme, si vraiment - C'est d'elle que je tiens l'audace - De t'avoir scruté face à face - Dans les divins commencements !
Aimer, c'est de ne mentir plus. - Nulle ruse, n'est nécessaire - Quand le bras chaleureux enserre - Le corps fuyant qui nous a plu.
Epuisez les plaisirs, c'est la seule sagesse ; - Prenez-vous, quittez-vous, cherchez-vous tour à tour, - Il n'est rien de réel que le rêve et l'amour.
Être dans la nature ainsi qu'un arbre humain, - \r\nÉtendre ses désirs comme un profond feuillage, - \r\nEt sentir, par la nuit paisible et par l'orage, - \r\nLa sève universelle affluer dans ses mains !
Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face, - \r\nBoire le sel ardent des embruns et des pleurs, - \r\nEt goûter chaudement la joie et la douleur - \r\nQui font une buée humaine dans l'espace !
Sentir, dans son coeur vif, l'air, le feu et le sang - \r\nTourbillonner ainsi que le vent sur la terre. - \r\n- S'élever au réel et pencher au mystère, - \r\nÊtre le jour qui monte et l'ombre qui descend.
Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise, - \r\nLaisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau, - \r\nEt comme l'aube claire appuyée au coteau - \r\nAvoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...
Œuvres de Anna de Noailles
A la nuitChanson du temps opportunLa tristesse dans le parcLa vie profondeLe Coeur innombrable (1901), IV, L'ArdeurLe Coeur innombrable (1901), L'Offrande à la NatureLes Eblouissements (1907), I. Les terres chaudesLes Eblouissements (1907), IV. Chant d'espéranceLes Eblouissements (1907), IV. Les PinsLes Eblouissements (1907), IV. OffrandeLes rêvesPassions et vanités (1926)Poème de l'Amour (1924)Poème de l'Amour (1924), LVPoème de l'Amour (1924), LXIPoème de l'Amour (1924), XCVI