Réfléchir, c'est fléchir deux fois.
Auteur
Alain Raymond, dit Alain Damasio
Le hasard est un allié aussi fugitif que mortel. Il te tue avec la même facilité qu'il te sauve.
Quant aux mots, en agiter la poussière me semblait plus que vain, non qu'ils manquassent en moi pour exprimer ce que j'éprouvais, mais plutôt par l'excès de ceux qui me montaient du ventre, noués comme des pelotes de fils que ma langue n'aurait su délier.
Moins que d'autres, je ne savais si le but de notre vie avait un sens. Mais je savais, plus que quiconque, qu'elle avait une valeur.
La maturité de l'homme est d'avoir retrouvé le sérieux qu'on avait au jeu quand on était enfant.
Le monde a une réalité. C'est d'elle qu'il faut partir, non d'un modèle idéal qu'il s'agirait d'approcher au plus près. Le monde est. Le monde est ce qu'il est. Peu importe ce qu'il pourrait être, ce qu'il aurait pu devenir, ce qu'il sera si...
Si tu es absolument certain de mourir en continuant, tu n'es pas un héros, tu n'es qu'un abruti qui se suicide pour la gloire. La fausse gloire.
La folie n'est plus folle, dès qu'elle est collective.
L'autoursier : Vole donc - les faucons sont les rois mais les princes volent au pas à travers les taillis et le fouillis de nos quêtes de soi.
Si je devais me rappeler d'une caque, d'une seule, d'une solide caquée de trouille tord-bide, chiasseuse au goulet, si je devais faire le tri des lentilles, eh ben je choisirais celle-ci. Celle du siphon de Lapsane.
Tout ce qui est de ce monde n'est fait que de vent... Le solide est un liquide lent... Eh oui ! Le liquide est fait d'air dense, ralenti, rendu plus épais... Notre univers, croyez-moi, n'existe qu'à force de lenteur.
Ta vision de la mémoire est contaminée par le sens commun, troubadour. La mémoire n'est pas une faculté qui pourrait ou non s'exercer. Nous retenons tous absolument tout. Ce qui fait la différence, c'est la capacité d'oubli...
Braconnier du ciel : Nous prenons chaque saison davantage la couleur de ce qui nous traverse.
Le noeud qui me soudait à Caracole, en corde à rire, en fil de rien, une complicité et des regards, du bout à bout de joies en chanvre, tissées en laine de tout, ce noeud vibra alors plus dense qu'un métal, presque aussi puissant qu'un vif.
Il faudrait pouvoir sans cesse s'articuler avec l'extérieur, comme toi. Se déloger à coups de latte de son égocentre et de ses petits soucis, bondir hors de soi. Je suis hors de moi, la plus belle des expressions. Colère et ouverture.
Le véritable héroïsme, neuvième Golgoth, c'est d'accepter la honte de survivre, conclut, d'une flèche acérée, Matsukaze Melicerte.
Oui, si je ne tente rien, ça ne m’intéresse pas. Ça perd son sens, si l’on se répète ou utilise des techniques qu’on maîtrise déjà. Toujours écrire à la pointe de qu’on ne sait pas encore écrire. J’adore cette phrase de Duras qui dit : « On écrit pour savoir quel livre on écrirait si l’on écrivait ». Et elle ajoute : « On ne le sait jamais avant ». On peut toujours annoncer, comme ici, « je vais faire ceci, cela », ça ne reste que des lignes et des espoirs. Le vrai livre se fait toujours dans le dos de l’écrivain, avec beaucoup de patience, de travail, de rage et de chair.
Oui, si je ne tente rien, ça ne m’intéresse pas. Ça perd son sens, si l’on se répète ou utilise des techniques qu’on maîtrise déjà. Toujours écrire à la pointe de qu’on ne sait pas encore écrire.
Papa ! C'est fou la force de ce mot. C'est un coup de feu à bout portant avec une balle d'amour dans la bouche. Ça te dit que tu existes comme tu n'as jamais existé pour personne. C'est un appel qui happe le présent pur, il t'avale.
Un réseau social est un tissu de solitudes reliées.
Les enfants ne marchent pas, jamais : ils courent. Et si vous les regardez vraiment, ils ont tellement de sève ascendante en eux, ils sont tellement et animaux et buissons à la fois, et pierre en éruption qu'ils ne courent pas sans bondir en même temps, comme si leur propre pied était trop impétueux pour ne pas les enlever du sol. Si la gravité n'existait pas, en tous les sens du terme, on attacherait nos gosses avec des ficelles pour ne pas aller les chercher chaque soir dans le ciel.
La mort est un face-à-face. Un face-à-face avec un trou.
On peut couper en deux un arbre qui a fait pousser ses bourgeons et ses feuilles deux cent cinquante printemps de suite avec une tronçonneuse à essence et en huit minutes. On peut abattre un jaguar qui court à 90 km/h dans une savane en un dixième de seconde et avec une seule balle. Qu'est-ce que ça prouve de nous ? Qu'on sait stopper le mouvement ? Qu'à défaut d'être vivants, nous voudrions nous prouver qu'on sait donner la mort ?
Les furtifs nous ont appris une chose: il n'y a pas de lendemains qui chantent. Il n'y a que des aujourd’hui qui bruissent.
La seule vraie beauté est dans l'instant qui ne reviendra jamais... Que ce qu'on conserve et répète s'affadit, s'avilit, se délave... Que maintenir n'est pas vivre... Vivre est créer.