Papa ! C'est fou la force de ce mot. C'est un coup de feu à bout portant avec une balle d'amour dans la bouche. Ça te dit que tu existes comme tu n'as jamais existé pour personne. C'est un appel qui happe le présent pur, il t'avale.
Un réseau social est un tissu de solitudes reliées.
Les enfants ne marchent pas, jamais : ils courent. Et si vous les regardez vraiment, ils ont tellement de sève ascendante en eux, ils sont tellement et animaux et buissons à la fois, et pierre en éruption qu'ils ne courent pas sans bondir en même temps, comme si leur propre pied était trop impétueux pour ne pas les enlever du sol. Si la gravité n'existait pas, en tous les sens du terme, on attacherait nos gosses avec des ficelles pour ne pas aller les chercher chaque soir dans le ciel.
La mort est un face-à-face. Un face-à-face avec un trou.
On peut couper en deux un arbre qui a fait pousser ses bourgeons et ses feuilles deux cent cinquante printemps de suite avec une tronçonneuse à essence et en huit minutes. On peut abattre un jaguar qui court à 90 km/h dans une savane en un dixième de seconde et avec une seule balle. Qu'est-ce que ça prouve de nous ? Qu'on sait stopper le mouvement ? Qu'à défaut d'être vivants, nous voudrions nous prouver qu'on sait donner la mort ?
Les furtifs nous ont appris une chose: il n'y a pas de lendemains qui chantent. Il n'y a que des aujourd’hui qui bruissent.
La seule vraie beauté est dans l'instant qui ne reviendra jamais... Que ce qu'on conserve et répète s'affadit, s'avilit, se délave... Que maintenir n'est pas vivre... Vivre est créer.
Ma pensée naît des rejets d'un océan de conneries. Je l'épands et j'en fais mon engrais. Un peu comme le varech sur une plage. Philosopher, c'est nuire à la bêtise.
Philosopher, c'est nuire à la bêtise.
Je comprends très bien que dans notre société de traces, contrôlée jusqu'à l'obscène, où le moindre vêtement, la moindre semelle de chaussure, le moindre doudou, une trottinette rouillée, je sais pas : un banc public, les pavés même, émettent de l'information… où le moindre mot lancé dans un bar est collexiqué ! Je comprends tellement que ce monde rêve d'un envers ! De quelque chose qui lui échapperait enfin, irrémédiablement, qui serait comme son anti-matière, le noir de sa lumière épuisante ! L'abracadata qui échapperait par magie à tous les datas ! J
Je comprends que la fuite, la liberté pure, l'invisibilité qui surgirait au cœur du panoptique, soient les fantasmes les plus puissants que notre société carcélibérale puisse produire comme antidote pour nos imaginaires.
Toute légende, tu le sais, tu as fait de l'anthropo, naît d'un désir subconscient, partagé de communautés entières. Le nôtre est de pouvoir disparaître, de devenir invisibles, de pouvoir fuir quand toute notre société crève d'être sous contrôle !
Les vendiants mendiaient leur vente. Ils ne mendiaient même pas pour eux, comme nos anciens clodos : ils mendiaient pour leur marque, leur produit, pour leurs maîtres, pour une plate-forme perchée dans le cloud dont ils ne croiseraient jamais le moindre gérant ni ne verraient, fût-ce sur brightphone, le début d'un directeur commercial. Tout était automatisé et abstrait, lointain et vitreux, postmoderne, digital, intouchable
Essaie de sentir à la vitesse du présent pur. Ni plus lentement, ni plus vite. En prise avec la durée. Repousse toute anticipation. Essaie d'atteindre la simple présence à ce qui se passe, flue et change. Sans cesse. C'est là que vit le furtif. C'est là que tu le croiseras.
Je me suis levée ce matin avec une sensation de ciel au ventre et une prestance de petit nuage.
L'intelligence de l'histoire implique, il me semble, que nous acceptions que les véritables changements aient quelque chose de nécessairement invisible. Dans la mesure où c'est précisément cette invisibilité aux capteurs des dominants, à leur récupération prédatrice, qui leur offre l'espace et le temps indispensables pour se déployer.
L'intelligence de l'histoire implique, il me semble, que nous acceptions que les véritables changements aient quelque chose de nécessairement invisible.
Une Intelligence Avenante logée comme une araignée au fond d'une base de données pense à eux, amoureusement, à chaque instant. Elle accueille sans se lasser, le plus infime, le plus intime, le plus insignifiant de leur comportement, l'interprète comme un désir secret, pour un jour pouvoir y répondre, au bon endroit et au bon moment. Les experts ricains appellent ça l'Ad libitum. Quelqu'un connaît leurs goûts, devine leurs désirs, quelqu'un anticipe leurs besoins. Bonheur ! Vive le MOA ! My Own Assistant !
Je vois un monde d'adultes mort où tout a été conçu pour une fonction et une seule et où chaque acte est capté et noté, pour mouler des cakes de datacaca, former prédictions d'achat et générer leur putain de plus-value putative.
On ne peut plus faire un pas sans être tracé. Il y a comme un Parlement des machines qui décide dans notre dos. Nous sommes gouvernés par des algorithmes. Mais on ne décide jamais de leurs critères ! On ne discute pas du programme, ni des arbitrages qu’ils vont faire pour nous. Ce sont des boites noires. Ça nous rend dépendants. Le système nous gère.
On ne peut plus faire un pas sans être tracé.
C'est un cercle vicieux. Plus nos rapports au monde sont interfacés, plus nos corps sont des îlots dans un océan de données et plus nos esprits éprouvent, inconsciemment, cette coupure, qu'ils tentent de compenser. Et ils compensent en se reliant à des objets, en touchant et parlant à des dispositifs qui nous rassurent - et nous distancent en même temps. Un réseau social est un tissu de solitudes reliées. Pas une communauté.