Le mariage doit être une éducation mutuelle et infinie.
Œuvre
Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)
56 citations · Henri-Frédéric Amiel · sur Dicocitations ↗
Le coeur préfère rester concentré sur son sentiment qu'il réchauffe et protège - son bonheur est méditatif, silencieux -, il s'écoute palpiter, il se déguste religieusement lui-même.
On comprend les femmes comme la langue des oiseaux, d'instinct ou pas du tout.
La foi est trop souvent le contraire de la bonne foi, et l'homme de foi ressemble alors à s'y méprendre, à l'homme sans foi.
Temporiser, c'est l'art de la défense; saisir le moment, l'art de l'attaque.
L'outrance est un manque de bon sens.
Je l'ai toujours dit; les poètes célibataires sont une peste publique; ils troublent, sans le savoir et le vouloir, tous les coeurs féminins sans emploi.
On comprend les femmes comme la langue des oiseaux, d'intuition ou pas du tout. La peine, l'étude, l'effort ne servent de rien ici: c'est un don et une grâce. Pour comprendre ces énigmes vivantes, il faut les aimer.
Il faut rentrer en communication avec le public, avec les vivants; être aussi objectif, simple, clair, vivant que possible.
La littérature n'est que l'élargissement de la vie individuelle, La communication avec plus d'esprits et plus d'âmes.
Il faut aimer du même amour, penser de la même pensée pour échapper à la solitude.
Le respect mutuel implique la discrétion et la réserve dans la tendresse même, le soin de sauvegarder la plus grande part possible de liberté chez ceux dont on partage la vie.
Dès qu'on ne s'accorde pas le droit de couper court au jeu, il vaut mieux regarder la réalité par ses côtés supportables et cultiver soigneusement sa bonne humeur.
La gentillesse, c'est l'art de plaire, sans prétention ni coquetterie, c'est le naturel joint à l'agrément, l'enjouement dans le tact, la fraîcheur dans la grâce.
Aucun bon n'est sans mal, aucun coupable sans bien. Conséquences: Plus une âme est profonde, plus elle est tentée, et ses plus petites fautes prennent une gravité proportionnelle à sa propre grandeur.
L'illusion peut avoir raison contre l'expérience; car l'illusion est le pressentiment d'une grande vérité, et l'expérience la possession d'une petite.
Je conviens donc que l'hésitation énerve et débilite; mais loin de se guérir par la réflexion elle s'augmente, et l'on ne peut recommander l'irréflexion. Cercle vicieux. Peut-on vouloir vouloir?
La vie sans poésie et la vie sans infini, c'est comme un paysage sans ciel: on y étouffe.
La vraie poésie est plus vraie que la science, parce qu'elle est synthétique et saisit dès l'abord ce que la combinaison de toutes les sciences pourra tout au plus atteindre une fois comme résultat.
Poésie et philosophie ont même source, l'identification, l'assimilation, la consubstantialité de l'esprit et de l'objet.
Le grand ressort de la vie est dans le coeur. La joie est l'air vital de notre âme. La tristesse est un asthme compliqué d'atonie.
Il faut avoir foi en la vérité, et se faire un devoir de montrer cette foi par l'action. Il faut chercher le vrai et le répandre. Il faut aimer les hommes et les servir, sans espoir de justice et de gratitude.
Tout disparaît, mais rien ne se perd, et la civilisation ou cité de l'homme n'est que l'immense pyramide spirituelle construite avec les oeuvres de tout ce qui a vécu sous la forme d'être moral.
Je vois donc toujours la même loi: la libération croissante de l'individu, l'ascension de l'être vers la vie, vers le bonheur, vers la justice, vers la sagesse.
Mille choses avancent, neuf cent quatre-vingt dix-huit reculent; c'est là le progrès. Il n'y a pas là de quoi rendre fier, mais bien de quoi consoler.