La route du bonheur est peut-être la route de l'oubli.
Je ne regrette que des temps et des lieux ignorés, je suis capable des plus violentes nostalgies pour des espaces où je ne suis allée.
Que veut Dieu ? Dieu se cache et veut qu'on le cherche. Telle est la réponse juive à cette question. Où se cache-t-il ? Nous le savons aussi : hors de la malédiction du temps. Cachette infernale et injuste qui fait prendre en grippe son locataire.
Je ne crois pas aux valeurs qui régissent l'art d'aujourd'hui... La loi du nouveau. La loi de la surprise... La surprise est une chose morte. Morte à peine conçue.
J'ai appris un truc, tu ne peux pas payer le psy par chèque. Freud a dit, il faut que tu sentes les billets qui foutent le camp.
Je trouve assez minable cette façon silencieuse qu'ont les hommes de vous renvoyer dans le cours du temps. Comme s'il fallait nous rappeler, à toutes fins utiles, que l'existence est discontinue.
C'est merveilleux qu'on ait le rire. C'est comme un joker. Ca marche dans n'importe quel sens.
Les gens n'ont pas de vision de l'existence. Ils n'ont que des opinions.
J'ai toujours considéré qu'on ne pouvait pas déranger Dieu. On ne peut pas lui parler directement. Il n'a pas le temps de s'intéresser à des cas particuliers. Ou alors à des cas exceptionnellement graves.
Shakespeare disait : Celui qui a le pouvoir de faire du mal et qui s'abstient de l'exercer est un seigneur.
Le couple, c'est la chose la plus impénétrable ; - On ne peut pas comprendre un couple, même quand on en fait partie.
Les hommes sont d'une fixité totale. C'est nous qui créons le mouvement. On s'épuise à animer l'amour.
Les femmes sont séduites par les hommes effroyables, parce que les hommes effroyables se présentent masqués comme au bal. Ils arrivent avec des mandolines et des costumes de fête.
Etre heureux, c'est une disposition. Tu ne peux pas être heureux en amour si tu n'as pas une disposition à être heureux.
Les poètes n'ont pas le sens du temps. Ces gens vous attirent dans des mélancolies inutiles.
Un des effets du dérèglement sentimental est que plus rien ne glisse. Tout devient signe, tout est matière à décryptage.
Les femmes ne prennent pas un amant. Elles s'entichent, elles se font un cinéma. Elles deviennent complètement folles.
Tu dis qu'ils sont libres de faire ce qu'ils veulent avec leur fils alors que le gosse est un danger public, quand un gosse est un danger public c'est l'affaire de tout le monde...
Je crois au dieu du carnage. C'est le seul qui gouverne, sans partage, depuis la nuit des temps.
Quand on a un homme dans sa vie, on s'interroge sur des choses idiotes, la tenue du rouge à lèvres, la forme du soutien-gorge, la couleur des cheveux. Ça occupe le temps. C'est gai.
Tu as dit modernissime, comme si moderne était le nec plus ultra du compliment. Comme si parlant d'une chose, on ne pouvait pas dire plus haut, plus définitivement haut que moderne.
On ne devrait jamais laisser ses amis sans surveillance. Il faut toujours surveiller ses amis. Sinon, ils vous échappent.
C'est une illusion de croire que l'admiration puisse avoir un prolongement affectif.
Ce qui compte quand on regarde une photo, c'est le photographe derrière. Pas tellement celui qui a appuyé sur le déclencheur mais celui qui a choisi la photo, qui a dit celle-là je la garde, je la montre.
On se connaît par coeur. Je lui reproche son amour trop inconditionnel. Il ne me met pas en danger.
Œuvres de Yasmina Reza