Que veut Dieu ? Dieu se cache et veut qu'on le cherche. Telle est la réponse juive à cette question. Où se cache-t-il ? Nous le savons aussi : hors de la malédiction du temps. Cachette infernale et injuste qui fait prendre en grippe son locataire.

À lire aussi de Yasmina Reza

Les femmes sont séduites par les hommes effroyables, parce que les hommes effroyables se présentent masqués comme au bal. Ils arrivent avec des mandolines et des costumes de fête.
J'ai toujours considéré qu'on ne pouvait pas déranger Dieu. On ne peut pas lui parler directement. Il n'a pas le temps de s'intéresser à des cas particuliers. Ou alors à des cas exceptionnellement graves.
Deux êtres vivent côte à côte et leur imagination les éloigne chaque jour de façon de plus définitive. Les femmes se construisent, à l’intérieur d’elles-mêmes, des palais enchantés. Vous y êtes momifié quelque part mais vous n’en savez rien.
La route du bonheur est peut-être la route de l'oubli.
Je ne crois pas aux valeurs qui régissent l'art d'aujourd'hui... La loi du nouveau. La loi de la surprise... La surprise est une chose morte. Morte à peine conçue.
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Dans la même œuvre

Pourquoi suis-je attachée à ce livre et pas elle ? Parce que moi je connais sa valeur dans le temps. Je connais l'extension du livre. Le livre est passé et avenir. (…) Le livre est déjà cruel, il est déjà perte, déjà il raconte un monde envolé. Chaque jour il me blessera davantage. Chaque jour, il me dira que nous ne sommes plus.
Lucette était laide, timide, coiffée par une raie centrale et deux barrettes de pauvre, sa voix était rêche. (…) Qui l'eût dit ? Qui eût dit au temps des boulettes de papier, des mains rougeaudes, qu'une femme allait surgir de cette désespérance ?
Il en va de la pensée et des sentiments comme de l'ADN. Cette chaîne qui est supposée nous définir en propre et dont les revues nous dessinent volontiers le curieux collier. Les êtres qui nous touchent sont autant d'éléments constitutifs et nous renvoient à d'autres, qui nous renvoient à d'autres, fictifs, réels, aperçus ou aimés la vie durant.
Alta sourit de joie, de toutes ses dents ou plutôt de toutes ses « non-dents ». Car c'est sur ce sujet que je veux écrire : le sourire fabuleux, bouleversant de l'édentée. (…) Il y a dans ce sourire si éphémère, si court dans le temps, une telle fragilité, une si grande indifférence à la séduction, une telle offrande de soi dans sa misère, dans son inaccomplissement, une telle grâce en somme. Rien ne dit autant le peu, le reste, le fugitif que l'éclat déraisonnable de cette couronne chaotique.
Quelle chance d'avoir connu ce public. Quel bonheur d'avoir connu ce temps béni de la non-participation. Un temps où il n'était question que de recevoir, en toute simplicité et en toute honnêteté – peut-être la plus noble attitude – un temps où il ne s'agissait pas de s'exprimer, de prouver, d'être un soi bruyant et apparent. Où que nous allions aujourd'hui, me dis-je, les gens applaudissent sur la dernière note. Aucun silence. Pas une seconde de retrait. Vite, applaudir. Vite, se manifester, vite en être, en dire, énoncer à tue-tête son si important verdict. Et chacun (…) d'être si fier d'appartenir à cette ignoble communauté, l'ignoble et nouvelle communauté du public averti, intelligent, les « haut de gamme » de l'humanité, (…), ceux qui en sont et qui savent, qui ont leurs élus et leurs damnés.