Je n'ai jamais lu un livre jusqu'au bout, ma façon de lire est celle d'un feuilleteur supérieurement doué, c'est-à-dire d'un homme qui préfère feuilleter plutôt que lire, qui feuillette donc des douzaines, parfois même des centaines de pages avant d'en lire une seule ; mais quand cet homme lit une page, alors il la lit plus à fond qu'aucun autre et avec la plus grande passion de lire qu'on puisse imaginer.
Auteur
Thomas Bernhard
235 citations · citations de Thomas Bernhard sur Dicocitations ↗
· biographie ↗
Ce sont d'ailleurs les fragments qui nous donnent le plus grand plaisir, tout comme la vie nous donne le plus grand plaisir quand nous la regardons en tant que fragment, et combien le tout nous paraît horrifiant et nous paraît, au fond, la perfection achevée. C'est seulement si nous avons la chance, lorsque nous en abordons la lecture, de transformer quelque chose d'entier, de fini, oui, d'achevé en un fragment, que nous en retirons une grande et parfois la plus grande jouissance.
Une tête bien faite est une tête qui cherche les défauts humains et une tête exceptionnelle est une tête qui découvre ces défauts humains et une tête géniale est une tête qui, après les avoir trouvés, attire l'attention sur ces défauts découverts et, avec tous les moyens dont elle dispose, désigne ces défauts.
Les professeurs abîment les élèves, voilà la vérité, depuis des siècles c'est un fait.
Il n'y a pas de goût artistique plus médiocre que celui des professeurs. Dès l'école primaire, les professeurs gâtent le goût artistique des élèves, dès le début ils font passer le goût de l'art à leurs élèves au lieu de les éclairer sur l'art et en particulier la musique, et d'en faire le plaisir de leur existence.
Les professeurs ont toujours été, dans l'ensemble, les empêcheurs de vivre et d'exister, au lieu d'apprendre la vie aux jeunes gens, de leur déchiffrer la vie, de faire en sorte que la vie soit pour eux une richesse en vérité inépuisable de leur propre nature, ils la leur tuent, ils font tout pour la tuer en eux.
La plupart de nos professeurs sont des créatures minables, qui semblent s'être donné pour tâche de barricader la vie de leurs élèves et de la transformer, finalement et définitivement, en une épouvantable déprime.
À moi aussi, mes professeurs n'ont rien donné d'autre que leur incapacité, me dis-je. À moi aussi ils n'ont rien enseigné d'autre que le chaos. En moi aussi ils ont détruit pour des dizaines d'années avec la plus grande brutalité tout ce qu'il y avait originellement en moi pour me développer, avec toutes les possibilités de mon intelligence, dans un univers qui était le mien.
Au fond, pourquoi les peintres peignent-ils, alors qu'il y a tout de même la nature ?
L'oeuvre d'art la plus grande et la plus remarquable finit tout de même par nous peser dans la tête comme un morceau de mensonge et de vulgarité, comme un morceau beaucoup trop gros de viande dans l'estomac.
Ne regardez pas longtemps un tableau, ne lisez pas un livre avec trop d'attention, n'écoutez pas un morceau de musique avec la plus grande intensité, vous vous abîmerez tout et, dès lors, ce qu'il y a de plus beau et de plus utile au monde.
La sentimentalité en général, c'est cela qui est épouvantable, est aujourd'hui la grande mode.
Au bout du compte, toute chose finit dans le ridicule, ou du moins dans le pitoyable, si grande et importante qu'elle puisse être.
Sans doute l'enfance est-elle toujours un enfer, l'enfance est l'enfer même. Peu importe quelle enfance, elle est l'enfer.
Les gens falsifient tout, ils falsifient jusqu'à l'enfance qu'ils ont eue.
L'enfance est le trou noir où l'on a été précipité par ses parents et d'où l'on doit sortir sans aucune aide. Mais la plupart des gens n'arrivent pas à sortir de ce trou qu'est l'enfance, toute leur vie ils sont dans ce trou et n'en sortent pas et sont amers.
Faire un enfant et donner la vie, comme on dit si hypocritement, ce n'est tout de même rien d'autre que mettre au monde et mettre dans le monde un malheur accablant, et alors tous les gens sont, à chaque fois, effrayés par cet accablant malheur.
Nous ne maîtrisons que ce que nous trouvons finalement ridicule, c'est seulement lorsque nous trouvons le monde et la vie qu'on y mène ridicules que nous avançons, il n'y a pas d'autre, pas de meilleure méthode.
La véritable intelligence ne connaît pas l'admiration, elle prend connaissance, elle respecte, elle estime, c'est tout.
L'admiration rend aveugle, elle rend l'admirateur stupide.
L'admiration est plus facile que le respect, que l'estime, l'admiration est le propre de l'imbécile.
Seul l'imbécile admire, l'intelligent n'admire pas, il respecte, estime, comprend, voilà.
personne n'écrit un écrit pour soi-même, c'est un mensonge si quelqu'un dit qu'il n'écrit ses écrits que pour lui-même, mais vous savez aussi bien que moi que personne n'est plus menteur que les gens qui écrivent.
Le monde, depuis qu'il existe, ne connaît pas plus menteur que celui qui écrit, pas de plus vaniteux et pas de plus menteur.
Faire des cadeaux est une habitude épouvantable, naturellement contractée par mauvaise conscience et, très souvent aussi, par la peur commune de la solitude.
Œuvres de Thomas Bernhard
Béton (1982)Des arbres à abattre (1987)Extinction (1986)Gel (1962)L'Origine: Simple indication (1981)La Cave (1976)Le Neveu de Wittgenstein (1982)Le froid (1984)Le naufragé (1983)Le souffle (1980)Les Mange-pas-cher (1980)Maîtres anciens (1985)Mes prix littéraires (2010)Oui (1980)Perturbation (1967)Un enfant (1982)