Œuvre

Perturbation (1967)

Se faire comprendre est impossible.
Les maladies sont le plus court chemin de l'homme pour arriver à soi.
A chaque livre, nous découvrons avec horreur un homme imprimé à mort par les imprimeurs, édité à mort par les éditeurs, lu à mort par les lecteurs.
Il était frappant de constater que les riches, précisément, sont les plus enclins à se suicider, sans doute parce qu'ils sont les premiers à tomber sous le coup de l'ennui, le plus effroyable des maux qui sévissent en ce monde.
Le monde est essentiellement surréel.
L'art que l'on expose est annihilé du seul fait qu'il est exposé.
Le beau c'est l'imprévu.
Les plus grands crimes, dit le prince, sont ceux qui sont commis par les supérieurs contre les inférieurs en paroles, les crimes commis en pensée et en paroles, etc., voilà ce que je pense.
Chaque homme a des mots qu'on doit éviter de lui dire tout haut.
La voilà, la magie idéale : pouvoir supporter tout à coup d'être ensemble...
Quand nous regardons les hommes, nous les voyons tantôt dans leur détresse, tantôt à la recherche de leur détresse. Il n'y a pas d'homme sans la détresse humaine.
Il n'y a pas d'homme sans la détresse humaine.
L'art de la conversation est un art de la diffamation, l'art de la conversation avec soi-même est l'art de la diffamation le plus atroce qui soit.
Les citations me tapent sur les nerfs. Mais nous sommes enfermés dans un monde qui cite en permanence tout ce qu'il est possible de citer, dans une citation permanente qui est le monde même.
Chacun de nous passe de longues périodes au cours desquelles il n'existe absolument pas mais se borne à feindre d'exister.
Mais l'ordre est là où est le désordre.
Ce qui est poétique m'est suspect parce que cela éveille dans le monde l'impression que le poétique est la poésie et, inversement, que la poésie est poétique. La seule poésie, dis-je, est la nature, la seule nature est la poésie.
La seule poésie, dis-je, est la nature, la seule nature est la poésie.
À chaque livre, nous découvrons avec horreur un homme imprimé à mort par les imprimeurs, édité à mort par les éditeurs, lu à mort par les lecteurs.
L'amour est une absurdité qui n'est nullement inscrite dans la nature.
La solitude de l'homme est le chemin de la dégoûtation. L'âge est une grande dégoûtation. La jeunesse est un écoeurement mais la vieillesse est dégoûtante.
Mes proches vont ça et là comme des morts, parfois l'envie me prend de les interpeller, de leur crier en pleine figure de cesser d'être continuellement morts.
Des machines à calculer, les hommes ne sont rien d'autre. Nous recalculons, nous ne faisons qu'établir des comparaisons numériques. Nous naissons dans un système numérique et, un jour, nous en sommes rejetés, propulsés dans l'univers, dans le néant.
Le monde ne sera bientôt plus qu'un unique ordinateur. Il ne nous sert à rien de ne pas y prendre part, nous sommes toujours enfermés dans tout et ne pouvons plus en sortir.
Il n'y a, vous le savez, d'autre force que celle de l'imagination. Tout est imaginé. Mais imaginer est astreignant, mortellement astreignant.