Œuvre

Le Neveu de Wittgenstein (1982)

Le psychiatre est le plus incompétent des médecins, et il est toujours plus près du crime sadique que de la science.
Je ne me supporte pas moi-même, et, moins encore, une meute de gens comme moi.
Les mourants rentrent la tête dans les épaules et ne veulent plus rien avoir à faire avec les vivants, qui ne songent pas à la mort.
Il était tout sauf un discoureur ou même un phraseur, dans un monde qui semble n'être fait que de discoureurs et de phraseurs.
Nous évitons ceux qui sont marqués par la mort.
Parmi les nouveaux riches, comme on disait, vers mil neuf cent, la grande mode était de se faire peindre sous couvert de mécénat. Au fond, les Wittgenstein, comme leurs semblables, se fichaient éperdument de l'art, mais ils voulaient jouer les mécènes.
Avec les médecins, j'ai eu des relations amicales tant que j'ai eu de l'argent, mais dès qu'on n'en a plus, ils vous traitent comme du bétail, disait-il souvent.
L'ascenseur était en panne, le couloir plongé dans une obscurité totale, et nous montions à tâtons, nous encourageant mutuellement par nos halètements.
Les psychiatres sont en fait les vrais démons de notre époque. Sans foi ni loi, ils se livrent à leurs activités couvertes, au plein sens du terme, d'une manière scandaleusement inattaquable.
Il méprisait la société actuelle, qui en tout et à tout propos renie sa propre histoire, et qui, ce faisant, n'a ni passé ni avenir, comme il s'est une fois exprimé, et qui est devenue la proie de l'abrutissement par la science atomique.
Avouons-le, les têtes qui nous sont la plupart du temps accessibles sont inintéressantes, nous n'en tirons guère plus que si nous nous trouvions en compagnie de pommes de terre hypertrophiées, qui, plantées sur des corps souffreteux affublés de vêtements d'un goût discutable, traîneraient une existence piteuse, mais hélas pas du tout pitoyable.
Les malades ne comprennent pas les bien-portants, tout comme, inversement, les bien-portants ne comprennent pas les malades, et ce conflit est très souvent un conflit mortel, que le malade, en fin de compte, n'est pas de taille à affronter, mais, bien entendu, pas davantage le bien-portant, qu'un tel conflit, souvent, rend malade.
Accepter un prix, cela ne veut rien dire d'autre que se laisser chier sur la tête parce qu'on est payé pour ça. J'ai toujours ressenti ces remises de prix comme la pire humiliation qu'on puisse imaginer, et pas comme un honneur. Car un prix est toujours décerné par des gens incompétents qui veulent vous chier sur la tête quand on accepte leur prix en mains propres.
Un prix est toujours décerné par des gens incompétents qui veulent vous chier sur la tête quand on accepte leur prix en mains propres.
À la campagne l'esprit ne peut jamais s'épanouir, seulement à la ville, mais aujourd'hui les gens fuient la ville pour la campagne, parce qu'au fond ils tiennent trop à leurs aises pour faire usage de leur tête, qui est, naturellement, radicalement mise à l'épreuve à la ville.
Il n'y a plus rien à enjoliver, dans une société et dans un monde où tout est constamment enjolivé de la manière la plus répugnante.
Je ne me supporte pas moi-même, et, moins encore, une meute de gens comme moi. J'évite la littérature autant que je peux, parce que je m'évite moi-même autant que je peux .
J'évite la littérature autant que je peux, parce que je m'évite moi-même autant que je peux .
Comme quatre-vingt-dix pour cent de l'humanité, je voudrais au fond toujours être là où je ne suis pas, là d'où je viens de m'enfuir.
Je fais partie de ces êtres qui au fond ne supportent pas un endroit sur terre et ne sont heureux qu'entre les endroits d'où ils partent et vers lesquels ils se dirigent.