À moi aussi, mes professeurs n'ont rien donné d'autre que leur incapacité, me dis-je. À moi aussi ils n'ont rien enseigné d'autre que le chaos. En moi aussi ils ont détruit pour des dizaines d'années avec la plus grande brutalité tout ce qu'il y avait originellement en moi pour me développer, avec toutes les possibilités de mon intelligence, dans un univers qui était le mien.
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Je n'ai jamais lu un livre jusqu'au bout, ma façon de lire est celle d'un feuilleteur supérieurement doué, c'est-à-dire d'un homme qui préfère feuilleter plutôt que lire, qui feuillette donc des douzaines, parfois même des centaines de pages avant d'en lire une seule ; mais quand cet homme lit une page, alors il la lit plus à fond qu'aucun autre et avec la plus grande passion de lire qu'on puisse imaginer.
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À lire aussi de Thomas Bernhard
L'ascenseur était en panne, le couloir plongé dans une obscurité totale, et nous montions à tâtons, nous encourageant mutuellement par nos halètements.
Nos bibliothèques sont en quelque sorte des pénitenciers où nous avons enfermé nos grands esprits, Kant naturellement dans une cellule individuelle, de même que Nietzsche, de même que Schopenhauer, Pascal, Voltaire, Montaigne, tous les très grands dans des cellules individuelles, les autres dans des cellules collectives, mais tous pour toujours et à jamais, mon cher, pour l'éternité et jusqu'à l'infini, voilà la vérité.
L'incompétence règne dans toutes les relations et, avec le temps, elle produit très naturellement l'indifférence.
personne n'écrit un écrit pour soi-même, c'est un mensonge si quelqu'un dit qu'il n'écrit ses écrits que pour lui-même, mais vous savez aussi bien que moi que personne n'est plus menteur que les gens qui écrivent.
Dans la même œuvre
Celui qui lit tout n'a rien compris.
Nous ne maîtrisons que ce que nous trouvons finalement ridicule, c'est seulement lorsque nous trouvons le monde et la vie qu'on y mène ridicules que nous avançons, il n'y a pas d'autre, pas de meilleure méthode.
Seul l'imbécile admire, l'intelligent n'admire pas, il respecte, estime, comprend, voilà.
La vérité, c'est bien que je me fais l'effet d'un mort, d'un mort qui a encore à vivre.
L'admiration est plus facile que le respect, que l'estime, l'admiration est le propre de l'imbécile.