Auteur

Thomas B. Reverdy

Grâce aux probabilités, même un fait hautement improbable conserve une chance de se produire qu'on peut quantifier. Une pluie de grenouilles, tomber amoureux dans la rue, tout devient possible. Cela marchait évidemment aussi pour les cataclysmes
Comment font les gens pour vivre avec la vérité ? Ils pensaient sans doute qu'ils pourraient l'encaisser. Comme si on pouvait, comme si c'était une question d'endurance ou de force. C'est ce qu'ils disaient pourtant : ils voulaient voir la vérité toute nue
Est-ce que le Paradis c'est toujours ce qu'on a perdu ?
La crise des subprimes et l'effondrement des banques, la chute qui s'en était suivie de l'industrie financée par le crédit n'avait fait que précipiter les choses, c'est toujours ce que font les crises.
Des bouquins, à quoi ça peut bien servir, à part à décourager d'un déménagement ?
La télé la nuit est comme ce coin de la ville, une sorte de ruine hantée dans laquelle errent des fantômes inutiles.
Ça avance souvent comme ça, une enquête. Tu relies les petits points, tu plies selon les pointillés, ça finit par faire des motifs. Comme dans un roman.
Courir, on ne sait faire que ça. Quand ça se met à aller mal, on accélère – que faire d'autre ? Au moment de leur chute, toutes les civilisations ressemblent à des canards sans tête.
Les êtres qui vous émeuvent déplacent quelque chose en vous. Ils vous transforment, ils vous rendent meilleur.
Le travail est un divertissement puissant.
À chaque seconde, autour de nous, des destins se jouent sur des rythmes qui s'ignorent, en aveugle les uns des autres, nous n'en avons même pas conscience
La culpabilité – le sentiment de mal faire – est un moteur presque aussi puissant que l'ambition – le sentiment de bien faire. L'Entreprise s'y connaissait en psychologie.
Le système générait son propre espoir comme une machine à fabriquer du paradis à portée de main.
Il faut croire que la vie parfois est comme un roman, elle a besoin d'un inconnu pour la raconter.
Pourtant, il faut des gens pour l'habiter, ce monde. Des gens comme tous ceux que vous avez conduits jusqu'ici, qui ont bâti cette ville, tous ceux que vous avez amenés jusque dans les usines en jouant votre plus bel air de flûte, celui qui promettait une vie meilleure, « le bonheur au bout de la route », et que vous avez finalement abandonnés au bord du chemin comme l'animal de compagnie qui va gâcher les vacances.
Il y a des gens comme ça, qui sont capables de s'esquinter la santé à faire semblant de travailler, beaucoup plus sûrement que s'ils travaillaient vraiment.
On ne sauve pas une ville avec des gens mais avec des investisseurs, des usines et des taxes. Vous savez cela mieux que moi, mieux que personne. C'est le discours que vous servirez demain aux gouvernements, aux banquiers. Et pourtant, on ne peut pas la sauver sans les gens
Les gamins c'est l'avenir, c'est ce qu'on dit comme une évidence puisqu'ils nous survivront, mais trop de gens ici n'en ont plus, d'avenir. Des usines à l'abandon, des buildings à l'abandon, des maisons à l'abandon et maintenant des prairies entières en guise de paysage, à quand des champs de pomme de terre - qui sait ? Plus personne ne pourrait dire de quoi demain sera fait. Il n'y a plus d'avenir, alors peut-être est-ce normal qu'il n'y ait plus d'enfant
Peut-être que les morts sont toujours comme des noyés. On croit les ensevelir dans le flot quotidien des joies et des peines ordinaires, des millions d'autres choses à penser ou à faire, et la moindre tempête d'insomnie les ramène au rivage au milieu d'une vague de sueur et d'angoisse.
Ce n'était pas assez de mourir d'inquiétude, il fallait encore encaisser la honte et les vacheries de la bonne conscience
C'est cela, n'est-ce pas, être chez soi, se dit-il, c'est reconnaître des gens qu'on ne connaît pas vraiment.
Elle venait d'avoir vingt ans. C'est un âge où la vie ne s'est pas encore réalisée. Où tout n'est encore que promesses – ou menaces.
L'Angleterre est une petite vieille qui n'a plus la force de rien. L'Angleterre est sur le déclin.
La peur. Voilà bien une preuve de la faiblesse de l'Angleterre. Si on a peur de ses propres pauvres, de ses propres enfants, c'est qu'on est très affaibli soi-même, qu'on se sent très vulnérable, pareil à une petite mammy toute frêle, recourbée sur sa canne, sur un bout de trottoir, au moment de la sortie des écoles comme au milieu d'un ouragan.
En Angleterre on ne s'embrasse pas, normalement. On se salue en se serrant la main, la première fois qu'on se rencontre, et en suite d'un simple signe de tête. Sauf en famille, alors que se sont les gens qu'on a le moins choisis

Œuvres de Thomas B. Reverdy

Il était une villeJe crois que je t'aime (2011)L'hiver du mécontentementLes évaporés (2013)