Œuvre
Les évaporés (2013)
Quand on n'est pas doué pour le bonheur, quand on ne sait pas retenir les belles choses, il vaudrait mieux s'abstenir de les fréquenter, parce que ça se termine souvent mal.
La foule, dans les rues, dans le métro, une énorme foule de gens seuls qui envoient des messages au hasard d'un réseau social comme autant de bouteilles à la mer
Il faut trahir nos parents, pour grandir.
Quand on n'a plus grand-chose à se dire on trouve des mots quand même, pour ne parler de rien. Ca ne veut pas dire qu'on ne s'aime pas.
C'est un paysage désolé. Une désolation. Evidemment, çà ne veut rien dire. Un paysage ne pense pas, il ne peut pas être désolé.
Ca arrive à pleins de gens : ils ne sont pas tristes, mais leur vie n'est pas très gaie. Après tout, c'est une vie.
Quand on pense à l'avenir, on a toujours l'impression que la vie n'est qu'un rêve. L'espoir ou le suicide ne sont que des possibilités.
Les soupçons c'est une chose... Mais les images, la certitude, la vérité. Comment font les gens pour vivre avec la vérité ?
Il s'était habitué plus rapidement qu'il n'aurait cru à une solitude silencieuse, qui n'était pas sans mélancolie mais lui procurait aussi le sentiment de sa sécurité.
Un rêve passe derrière ses paupières, au fond de ses yeux noirs, comme un reflet d'obscurité dans l'eau d'un puits.
Vous dormez à côté de quelqu'un pendant des années, pourtant vous ne savez toujours pas de quoi il rêve.
Le déménageur au blouson le fixe toujours et c'est comme s'il lui disait : mon pauvre gars, tu es habitué aux maisons, aux bureaux, au métro et aux parapluies, tu ne sais donc pas que la pluie mouille ceux qui n'ont plus rien ?
Le passé est éternel, c'est le présent qui passe, c'est le présent qui fuit, qui s'efface.
Il savait que parfois, pour survivre, il faut partir. Ce qui veut dire aussi qu'il faut laisser les gens partir. Même ceux qu'on aime.
C'est difficile de savoir quoi faire de sa tristesse.
On n'a jamais vu un samouraï écrire une lettre d'adieu à sa femme avant de se suicider
On ne peut pas lutter contre la probabilité qu'un miracle se produise. Deux fois, c'est cela le miracle
Il faudrait chaque jour se regarder, prendre le temps de s'observer nue comme si l'on venait de faire l'amour ou qu'on y était prête
La société japonaise est comme le pays, on est perché sur un volcan au milieu de l'océan, sur une île parcourue par des milliers de lignes de faille, et ça tremble, et ça craque de partout. Vous voulez connaître le pays, étudiez son sous-sol. Eh bien, c'est pareil pour la société.
Ce n'est jamais anodin un retour. Le plus simple en matière de voyage, c'est encore de partir
Quand on n'a plus grand-chose à se dire on trouve des mots quand même, pour ne parler de rien. Ça ne veut pas dire qu'on ne s'aime pas
Ces gens, qui se vantent partout d'avoir coupé la tête de leur roi, se font partout passer pour les héritiers directs de la galanterie, de l'élégance et du savoir-vivre de leurs anciens nobles
Grâce aux probabilités, même un fait hautement improbable conserve une chance de se produire qu'on peut quantifier. Une pluie de grenouilles, tomber amoureux dans la rue, tout devient possible. Cela marchait évidemment aussi pour les cataclysmes
Comment font les gens pour vivre avec la vérité ? Ils pensaient sans doute qu'ils pourraient l'encaisser. Comme si on pouvait, comme si c'était une question d'endurance ou de force. C'est ce qu'ils disaient pourtant : ils voulaient voir la vérité toute nue