Œuvre
L'hiver du mécontentement
Elle venait d'avoir vingt ans. C'est un âge où la vie ne s'est pas encore réalisée. Où tout n'est encore que promesses – ou menaces.
L'Angleterre est une petite vieille qui n'a plus la force de rien. L'Angleterre est sur le déclin.
La peur. Voilà bien une preuve de la faiblesse de l'Angleterre. Si on a peur de ses propres pauvres, de ses propres enfants, c'est qu'on est très affaibli soi-même, qu'on se sent très vulnérable, pareil à une petite mammy toute frêle, recourbée sur sa canne, sur un bout de trottoir, au moment de la sortie des écoles comme au milieu d'un ouragan.
En Angleterre on ne s'embrasse pas, normalement. On se salue en se serrant la main, la première fois qu'on se rencontre, et en suite d'un simple signe de tête. Sauf en famille, alors que se sont les gens qu'on a le moins choisis
L'Angleterre est une petite vieille qui n'a plus la force de rien. L'Angleterre est sur le déclin.
C'est fou le nombre de gens qui se présentent en disant ce qu'ils font. Et s'ils n'ont plus de travail, il faut pourtant bien qu'ils soient encore des gens.
Même le métro nous amène plus vite au boulot qu'il ne nous ramène à la maison. Il semble que cela soit à mettre au nombre des malédictions urbaines.
Les grèves sont communicatives. Les grèves poussent les gens dans la rue. Il manquerait plus que les trains s'en mêlent.
En fait, c'est l'amour et la haine réunis. C'est cela, le pouvoir.
Le pouvoir n'est jamais quelque chose qu'on envisage quand on est seule. C'est toujours du pouvoir qu'on a sur quelqu'un