Auteur

René Fallet

Je suis le type qui possède l'amour. D'un seul mot je le donne, d'un seul geste je l'arrache. La fille éternelle du métro, je lui dis: «Aime-moi», et la voici accrochée à ma veste, pantelante, bavante, et tout et tout.
C'était une petite fille blonde avec des yeux de porcelaine qui conservaient l'enfant comme un oiseau entre les mains.
La jeunesse est un pays charmant mais les orages y font bien plus de mal qu'ailleurs.
Faire l'amour à la fille qu'on aime, j'avais oublié, mon Dieu, que c'était le seul signe que Dieu, parfois, adresse aux hommes du plus haut de ses cieux.
N'importe où et quoi que je fasse, lorsqu'elle est loin de moi, je sens toujours qu'il me manque un organe vital: son coeur.
Je m'adonne depuis dix jours (date de départ de ce nième journal) aux haltères poétiques. Un poème par jour. Cela permet à la main de rester souple. Un poème par jour, un jour sur deux. La tête sur l'épaule... droite!
J'ai eu la chance d'avoir des parents trop pauvres pour ne pas me pousser au-delà du certificat. Grâce à eux, je ne suis pas devenu un intellectuel.
C'est un rude jeu d'hommes que la spéléologie. Un jeu sans soleil, sans chaleur, où le corps devient taupe. Mais qui porte en soi les joies les plus limpides qui soient pour un coeur d'homme, l'aventure de la fatigue, le danger de la découverte.
Elle avait ce curieux visage au-delà de la beauté, ce visage que la mémoire brouille et bat comme des cartes, ce visage aperçu au travers d'une vitre embuée. Le temps est un vandale, qui l'estompera. La mort est bien la mort, qui l'anéantira.
Il ne suffit pas aux garçons d'aimer, encore moins dans le fond de «posséder», il leur faut, de plus - ce qui leur joue souvent des tours qu'ils eussent pu éviter et prévoir -, que leurs amis approuvent, admirent, envient l'objet de leurs pensées.
L'indifférent n'éprouve jamais l'envie de tuer. L'assiette vide, il la repousse, et s'en va. L'enragé fixe la sienne d'un oeil sombre, et reste, même pitoyable, même ridicule. Ces amours-propres ne l'atteignent plus.
Les femmes, même au miroir, ne sauraient jamais leur beauté, si des sots ne s'avisaient de la leur seriner sur tous les tons.
L'amour est la dure école de la vergogne.
La cohabitation condamne l'amour à mort, l'assassine lâchement au compte-gouttes.
J'admire les femmes. Elles ne sont pas les égales de l'homme, elles lui sont de très loin supérieures, n'ayant pas leurs navrantes naïvetés. Elles font de triomphales veuves.
En amour, les minutes de silence sont toujours bonnes à prendre. Nul n'y risque sa peau.
Il repensa au mot, de Clemenceau encore: Le meilleur moment de l'amour, c'est quand on monte l'escalier. Le progrès et les ascenseurs supprimeraient jusqu'à ce moment-là.
La vie n'a pas besoin d'être mouvementée. Elle n'en est pas moins remplie, parfois.
Dans son arrière-boutique, la fleuriste cultivait des arrière-pensées.
Pendant qu'il est mauvais temps encore, si vous aimez les statistiques, tentez de calculer combien de soupes on peut tremper avec le petit milliard d'un jour.
L'innocence n'est rien. Elle fournit même les meilleurs suspects.

Œuvres de René Fallet

Banlieue sud-est (1947)Brassens (1967)Carnets de jeunesse (1990-1994)Chroniques de la vie quotidienne (2006)Interviewé par Michel Audiard dans Lire en janvier 1982.L'Amour baroque (1971)L'Angevine (1982)La soupe aux chouxLe Beaujolais nouveau est arrivé (1975)Le triporteur (1951)Les Vieux de la vieille (1958)Mozart assassiné (1963)Paris au mois d'août (1964)Pigalle (1949)Une poignée de main (1959)Y a-t-il un docteur dans la salle ? (1977)Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)