Mais qu'est-ce qu'un révolté, Monsieur ? Quand un homme est broyé et qu'il se tait, c'est un individu normal. S'il proteste et réclame son droit, c'est un révolutionnaire !
S'il n'y avait sur terre que nous, mon amour, nous serions sans complices et sans alliés. Avant-coureurs candides ou survivants hébétés.
L'esprit du château fort, c'est le pont-levis.
C'est le peu qui est réellement tout. Le peu occupe une place immense. Il nous accepte indisponibles.
Tu es dans ton essence constamment poète, constamment au zénith de ton amour, constamment avide de vérité et de justice. C'est sans doute un mal nécessaire que tu ne puisses l'être assidûment dans ta conscience.
Obéissez à vos porcs qui existent. Je me soumets à mes Dieux qui n'existent pas.
Les rares moments de liberté sont ceux durant lesquels l'inconscient se fait conscient et le conscient néant (ou verger fou).
Les poèmes sont des bouts d'existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort, mais assez haut pour que, ricochant sur elle, ils tombent dans le monde nominateur de l'unité.
J'ai lié les unes aux autres mes convictions et agrandi ta Présence. J'ai octroyé un cours nouveau à mes jours en les adossant à cette force spacieuse.
Résistance n'est qu'espérance. Telle la lune d'Hypnos, pleine cette nuit de tous ses quartiers, demain vision sur le passage des poèmes.
Prenez garde : tous ne sont pas dignes de la confidence.
La ligne de vol du poème. Elle devrait être sensible à chacun.
La dignité d'un homme seul, ça ne s'aperçoit pas. La dignité de mille hommes, ça prend une allure de combat.
Magicien de l'insécurité, le poète n'a que des satisfactions adoptives. Cendre toujours inachevée.
Au seuil de la pesanteur, le poète comme l'araignée construit sa route dans le ciel. En partie caché à lui-même, il apparaît aux autres, dans les rayons de sa ruse inouïe, mortellement visible.
Il convient que la poésie soit inséparable du prévisible, mais non encore formulé.
Fureur et mystère tour à tour le séduisirent et le consumèrent. Puis vint l'année qui acheva son agonie de saxifrage.
Tu ne peux pas te relire mais tu peux signer.
Monter, grimper... mais se hisser ? Oh ! Combien c'est difficile. Le coup de reins lumineux, la rasante force qui jaillit de son terrier et, malgré la pesanteur, délivre l'allégresse.
Un homme sans défauts est comme une montagne sans crevasses. Il ne m'intéresse pas.
C'est un étrange sentiment que celui de fixer le destin de certains êtres. Sans votre intervention, la médiocre table tournante de la vie n'aurait pas autrement regimbé. Tandis que les voici livrés à la grande conjoncture pathétique...
Un être qu'on ignore est un être infini, susceptible, en intervenant, de changer notre angoisse et notre fardeau en aurore artérielle. Entre innocence et connaissance, amour et néant, le poète étend sa santé chaque jour.
Le poète est l'homme de la stabilité unilatérale.
Tu es de la race de ceux qui meurent jeunes à quatre-vingts ans.
L'été et notre vie étions d'un seul tenant - La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante.
Œuvres de René Char
A une sérénité crispéeAllégeanceAromates chasseurs (1976)Artine (1930)Chants de la Balandrane (1977)Cité par Jacques Prévert dans Spectacle (1951).Commune présence (1964)Dans la pluie giboyeuse (1968)Eloge d'une soupçonnée (1988)Fenêtres dormantes et porte sur le toit (1979)Feuillets d'Hypnos (1946)Feuillets d'Hypnos (1946), n° 198Fureur et Mystère (1948)Fureur et Mystère (1948), Le poème pulvériséFureur et Mystère (1948), Seuls demeurent (1938-1944), Partage formelL'Age cassant (1965)La Parole en archipelLa Parole en archipel (1962)La nuit talismanique (1972), Vers aphoristiquesLa nuit talismanique qui brillait dans son cercle (1972), Volets tirés fendus