Auteur

René Char

Que notre lit d'amour se prolonge après nous - Et dresse sa pénombre dans un regard qui rêve, - Oui, cela a de quoi rendre heureux.
Tu parles à un chien, il te regarde avec ses bons yeux. Tu t'adresses à un homme, il te mord.
Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la Beauté.
Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d'eux.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. - A son insu, ma liberté est son trésor! - Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, - Ma solitude se creuse.
Dans les rues de la ville, il y a mon amour. - Peu importe où il va dans le temps divisé. - Il n'est plus mon amour: chacun peut lui parler. - Il ne se souvient plus qui, au juste, l'aima - Et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas!
Ne te courbe que pour aimer. Si tu meurs, tu aimes encore.
Mon amour, peu importe que je sois né: tu deviens visible à la place où je disparais.
Nous tombons. Je vous écris en cours de chute. C'est ainsi que j'éprouve l'état d'être au monde.
Chaque guitariste, à tour de rôle, module la part du poème qui lui revient, en observant un silence après chaque quatrain, silence ventilé par les guitares.
Le vipereau restera froid jusqu'à la mort nombreuse, car, n'étant d'aucune paroisse, il est meurtrier devant toutes.
Pioche! enjoignait la virole, - Saigne! répétait le couteau. - Et l'on m'arrachait la mémoire, - On martyrisait mon chaos.
Le resserrement de la parole provoque l'élargissement du sens.
La poésie ne se laisse pas saisir. Quand elle nous veut, elle est par essence indescriptible.
Je rêve d'un pays festonné, bienveillant, irrité soudain par les travaux des sages en même temps qu'ému par le zèle de quelques dieux, aux abords des femmes.
Enchemisé dans les violences de sa nuit, le corps de notre vie est pointillé d'une infinité de parcelles lumineuses coûteuses. Ah ! quel sérail.
Nous devons surmonter notre rage et notre dégoût, nous devons les faire partager, afin d'élever et d'élargir notre action comme notre morale.
Nous sommes pareils à ces crapauds qui dans l'austère nuit des marais s'appellent et ne se voient pas, ployant à leur cri d'amour toute la fatalité de l'univers.
A tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s'asseoir. La place demeure vide mais le couvert reste mis.
Vous tendez une allumette à votre lampe, et ce qui s'allume n'éclaire pas. C'est loin, très loin de vous, que le cercle illumine.
Les plus pures récoltes sont semées dans un sol qui n'existe pas. Elles éliminent la gratitude et ne doive qu'au printemps.
«Je t'aime», répète le vent à tout ce qu'il fait vivre. Je t'aime et tu vis en moi.
Nous sommes des malades sidéraux incurables auxquels la vie sataniquement donne l'illusion de la santé. Pourquoi? Pour dépenser la vie et railler la santé?
Notre héritage n'est précédé d'aucun testament.
Il n'y a que deux conduites dans la vie: ou on la rêve, ou on l'accomplit.

Œuvres de René Char

A une sérénité crispéeAllégeanceAromates chasseurs (1976)Artine (1930)Chants de la Balandrane (1977)Cité par Jacques Prévert dans Spectacle (1951).Commune présence (1964)Dans la pluie giboyeuse (1968)Eloge d'une soupçonnée (1988)Fenêtres dormantes et porte sur le toit (1979)Feuillets d'Hypnos (1946)Feuillets d'Hypnos (1946), n° 198Fureur et Mystère (1948)Fureur et Mystère (1948), Le poème pulvériséFureur et Mystère (1948), Seuls demeurent (1938-1944), Partage formelL'Age cassant (1965)La Parole en archipelLa Parole en archipel (1962)La nuit talismanique (1972), Vers aphoristiquesLa nuit talismanique qui brillait dans son cercle (1972), Volets tirés fendus