Œuvre
Les Matinaux (1950)
Au plus fort de l'orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C'est l'oiseau inconnu. Il chante avant de s'envoler.
Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière.
Imite le moins possible les hommes dans leur énigmatique maladie de faire des noeuds.
Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront.
Merci, et la Mort s'étonne; - Merci; la Mort n'insiste pas; - Merci, c'est le jour qui s'en va; - Merci simplement à un homme - S'il tient en échec le glas.
Ceux qui regardent souffrir le lion dans sa cage pourrissent dans la mémoire du lion.
La terre feule, les nuits de pariade. Un complot de branches mortes n'y pourrait tenir.
Si ce que je te montre et ce que je te donne te semblent moindres que ce que je te cache, ma balance est pauvre, ma glane est sans vertu.
Chaque guitariste, à tour de rôle, module la part du poème qui lui revient, en observant un silence après chaque quatrain, silence ventilé par les guitares.
Le vipereau restera froid jusqu'à la mort nombreuse, car, n'étant d'aucune paroisse, il est meurtrier devant toutes.
Pioche! enjoignait la virole, - Saigne! répétait le couteau. - Et l'on m'arrachait la mémoire, - On martyrisait mon chaos.
L'éclair me dure. La poésie me volera de la mort.
Les oiseaux libres ne souffrent pas qu'on les regarde. Demeurons obscurs, renonçons à nous, près d'eux.
Il semble que l'on naît toujours à mi-chemin du commencement et de la fin du monde. Nous grandissons en révolte ouverte presque aussi furieusement contre ce qui nous entraîne que contre ce qui nous retient.