Auteur

René Char

Dans les rues de la ville, il y a mon amour. - Peu importe où il va dans le temps divisé. - Il n'est plus mon amour: chacun peut lui parler. - Il ne se souvient plus qui, au juste, l'aima.
Le poète se reconnaît à la quantité de pages insignifiantes qu'il n'écrit pas.
Les routes qui ne promettent pas le pays de leur destination sont les routes aimées.
Une demande comblée c'est un appel qui n'arrive pas à destination.
Nous demandons à l'imprévisible de décevoir l'attendu.
Je n'ai pas peur. J'ai seulement le vertige. Il me faut réduire la distance entre l'ennemi et moi. L'affronter horizontalement.
Je n'écrirai pas de poème d'acquiescement.
La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil.
Les cendres du froid sont dans le feu qui chante le refus.
C'est quand tu es ivre de chagrin que tu n'as plus du chagrin que le cristal.
Ceux qui regardent souffrir le lion dans sa cage pourrissent dans la mémoire du lion.
Si l'on ne peut informer l'avenir à l'aide d'une grande bataille, il faut laisser des traces de combat. Les vraies victoires ne se remportent qu'à long terme et le front contre la nuit.
Merveilleux moment que celui où l'homme n'avait nul besoin de silex, de brandons pour appeler le feu à lui mais où le feu surgissait sur ses pas, faisant de cette homme une lumière de toujours et une torche interrogative.
L'aubépine en fleur fut mon premier alphabet.
Ne permettons pas qu'on nous enlève la part de nature que nous renfermons. N'en perdons pas une étamine, n'en cédons pas un gravier d'eau.
Nous commençons toujours notre vie par un crépuscule admirable. Tout ce qui nous aidera, plus tard, à nous dégager de nos déconvenues s'assemble autour de nos premiers pas.
L'abondant été de l'homme - Que celui qui suivit l'établissement par ses soins des premières dénaturations - En faisant la part de l'aveuglement.
La terre feule, les nuits de pariade. Un complot de branches mortes n'y pourrait tenir.
Souteneur (il s'en vante), d'une méchanceté de vermine, flancheur devant l'ennemi, s'ébrouant dans le compte rendu de l'horreur comme porc dans la fange.
Si ce que je te montre et ce que je te donne te semblent moindres que ce que je te cache, ma balance est pauvre, ma glane est sans vertu.
On ne se bat bien que pour les causes qu'on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s'identifiant.
Tiens vis-à-vis des autres ce que tu t'es promis à toi seul. Là est ton contrat.
La parole soulève plus de terre que le fossoyeur ne le peut.
L'essentiel est sans cesse menacé par l'insignifiant.
Le réel quelquefois désaltère l'espérance. C'est pourquoi contre toute attente, l'espérance survit.

Œuvres de René Char

A une sérénité crispéeAllégeanceAromates chasseurs (1976)Artine (1930)Chants de la Balandrane (1977)Cité par Jacques Prévert dans Spectacle (1951).Commune présence (1964)Dans la pluie giboyeuse (1968)Eloge d'une soupçonnée (1988)Fenêtres dormantes et porte sur le toit (1979)Feuillets d'Hypnos (1946)Feuillets d'Hypnos (1946), n° 198Fureur et Mystère (1948)Fureur et Mystère (1948), Le poème pulvériséFureur et Mystère (1948), Seuls demeurent (1938-1944), Partage formelL'Age cassant (1965)La Parole en archipelLa Parole en archipel (1962)La nuit talismanique (1972), Vers aphoristiquesLa nuit talismanique qui brillait dans son cercle (1972), Volets tirés fendus