Auteur

René Char

Accumule, puis distribue. Sois la partie du miroir de l'univers la plus dense, la plus utile et la moins apparente.
Nous sommes pareils à ces poissons retenus vifs dans la glace des lacs de montagne. La matière et la nature semblent les protéger cependant qu'elles limitent à peine les chances du pêcheur.
Le poète est la génèse d'un être qui projette et d'un être qui retient. A l'amant, il emprunte le vide;à la bien-aimée, la lumière.
Si l'homme parfois ne fermait pas souverainement les yeux, - Il finirait par ne plus voir ce qui vaut d'être regardé.
L'homme est capable de faire ce qu'il est incapable d'imaginer.
Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses. Il ne m'intéresse pas.
Comment vivre sans inconnu devant soi?
Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver.
Avec ceux que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence.
Il faut trembler pour grandir.
Nous commençons toujours notre vie sur un crépuscule admirable.
L'homme de l'espace dont c'est le jour natal sera un milliard de fois moins lumineux et révélera un milliard de fois moins de choses cachées que l'homme granité, reclus et recouché de Lascaux, au dur membre débourbé de la mort.
Pour qu'un héritage soit réellement grand, il faut que la main du défunt ne se voie pas.
N'ayant pas de tombeau et se voulant en vie... il vola la famine en s'en fit une assiette qui devint son miroir et sa propre déroute.
Merci, et la Mort s'étonne; - Merci; la Mort n'insiste pas; - Merci, c'est le jour qui s'en va; - Merci simplement à un homme - S'il tient en échec le glas.
Les mots savent ce que nous ignorons d'eux.
Comment la fin justifierait-elle les moyens? Il n'y a pas de fin, seulement des moyens à perpétuité.
Il y a ceux qui ont bu l'eau de la baignoire de Marat, et nous qui avons frissonné à l'horizon de Saint-Just et de Lénine. Mais Staline est perpétuellement imminent. On conserve avec des égards la mâchoire de Hitler.
Il existe une sorte d'homme toujours en avance sur ses excréments.
Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri.
Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.
Il n'y a que deux conduites avec la vie: ou on la rêve ou on l'accomplit.
Fureur et mystère tour à tour le séduisirent et le consumèrent, puis vint l'année qui acheva son agonie de saxiphrage
Ils refusaient les yeux ouverts ce que d'autres acceptent les yeux fermés.
Tous ces troubadours mal-aimés - Ont vu blanchir dans un été - Leur doux royaume pessimiste.

Œuvres de René Char

A une sérénité crispéeAllégeanceAromates chasseurs (1976)Artine (1930)Chants de la Balandrane (1977)Cité par Jacques Prévert dans Spectacle (1951).Commune présence (1964)Dans la pluie giboyeuse (1968)Eloge d'une soupçonnée (1988)Fenêtres dormantes et porte sur le toit (1979)Feuillets d'Hypnos (1946)Feuillets d'Hypnos (1946), n° 198Fureur et Mystère (1948)Fureur et Mystère (1948), Le poème pulvériséFureur et Mystère (1948), Seuls demeurent (1938-1944), Partage formelL'Age cassant (1965)La Parole en archipelLa Parole en archipel (1962)La nuit talismanique (1972), Vers aphoristiquesLa nuit talismanique qui brillait dans son cercle (1972), Volets tirés fendus