La seule fréquentation des mathématiques ne mûrit guère le coeur ni le caractère.
Nous sommes pleins de calculs et d'arrière-pensées. Après une seconde d'abandon, nous nous rétractons dans notre cuirasse de suffisance et d'égoïsme.
A force de bonté, de patience et d'amour, il est sans doute possible de sortir un homme, une femme, du marais d'ennui et de souffrance dans lequel nous pataugeons tous. Mais rien, personne, ne peut empêcher la multitude de se ruer vers sa fatalité.
On ne construit un monde imaginaire qu'avec des matériaux pris dans le monde connu. L'imagination, c'est de la mémoire passée à la moulinette et reconstituée en puzzles différents.
L'homme croit mourir pour défendre sa terre, sa femme, sa liberté, ses idées, alors qu'il meurt simplement parce qu'il est de trop.
Mais il serait peut-être bon, il serait peut-être temps de se demander si la perfection n'est pas dans l'enfance, si l'adulte n'est pas qu'un enfant qui a déjà commencé à pourrir.
J'ai beaucoup appris. Je continue. Je n'en sais guère plus.
Curieuse entreprise, d'écrire des souvenirs. On tire sur le fil, et on ne sait pas ce qui va en sortir. Comme ces illusionnistes qui extraient de leur bouche, suspendus en guirlande, une fleur, une lame de rasoir, une ampoule allumée, un petit lapin...
Ils riaient, pleinement heureux de se retrouver. Ils n'étaient jamais restés assez longtemps sans se revoir pour que la belle intimité de leur enfance se voilât de gêne quand la vie les réunissait de nouveau.
On est enfin deux et un seul, dans le rayonnement de l'amour présent, l'amour donné, l'amour reçu, l'amour de tout.
Ils entraient dans la joie de l'amour absolu où la chair et l'esprit se rejoignent, se confondent et emplissent l'univers.
L'amour, tel que nous le voyons trop répandu, accapare, s'approprie. Son vocabulaire le dit bien : Je te veux Je te prends Tu es à moi. Alors que l'amour tel que je le conçois est un don...
Pour moi, l'amour est une attitude envers tout ce qui existe. Il commence par l'amour que l'on porte aux objets. Non par goût de la propriété, mais par respect de ce qu'ils représentent.
Une des premières leçons à donner aux enfants est de leur apprendre à aimer leurs objets, c'est-à-dire à les respecter. Car on leur enseigne en même temps à aimer et à respecter les humains.
L'amour n'est pas l'attachement ; celui-ci n'est qu'un sentiment de possession, alors que l'amour doit être détaché. Ce n'est pas aimer l'autre que de le vouloir ligoté.
L'important n'est pas de prendre des poissons mais d'essayer de les attraper !
Pour moi, rien n'est plus beau qu'un couple épanoui. L'homme et la femme qui réussissent ce prodige créent, ensemble, un troisième être qui dépasse chacun d'entre eux et qui les relie à l'harmonie du monde.
L'amour des premières années de la vie est peut-être plus important que tout. Il vous donne une foi dans le bonheur que l'on garde sans doute toujours.
Il ne suffit pas d'être en vie, il faut être vivant. C'est à dire savoir à chaque instant qu'on est au coeur d'un prodige et être en contact, en harmonie avec lui.
Rien ne me cause plus de plaisir que de voir ces jeunes mères d'aujourd'hui portant leurs bébés dans un sac, sur leur buste. Ils sont ballottés comme lorsqu'ils étaient dans leur ventre, mais ils sont aussi rassurés, car ils ont presque le même contact.
C'était une odeur de monde qui naît ou qui meurt, une odeur d'étoile.
Le destin demande qu'on le force.
Ce que nous savons de l'histoire des hommes et de l'évolution de la vie sur terre, dit Simon, n'est pas plus gros qu'une crotte de puce sur la place de la Concorde.
En psychothérapie on préfère le choc qui nettoie au mensonge qui empoisonne.
J'ai beaucoup appris. Je continue. Je n'en sais guère plus.
Œuvres de René Barjavel
Colomb de la luneDans France-Soir Magazine, 13 octobre 1984Demain le paradisJournal d'un homme simpleL'EnchanteurL'Enchanteur (1984)La Charette bleue (1981)La Faim du tigre (1966)La Nuit des temps (1968)La TempêteLa charrette bleueLa charrette bleue (1980)La faim du tigreLe Grand Secret (1973)Le Prince blessé (1974)Le Voyageur imprudent (1944)Le diable l'emporte (1948)Les Chemins de Katmandou (1969)Les Dames à la licorne (1974)Les Enfants de l' ombre (1946)