Œuvre
La Faim du tigre (1966)
Les routes vers Dieu sont perdues. Dieu n'est plus accessible qu'aux aventuriers.
Tout être vivant normalement constitué n'est qu'un organe de reproduction.
Les individus vivants, milliards d'hommes, de mouches ou de pissenlits, ne sont que des véhicules. La vie se fait porter par eux à travers le temps et l'espace.
Un dé à coudre empli de tourbillons de rien: c'est l'humanité.
Tant qu'on a essayé de combattre la peste avec des mots latins, elle a tranquillement dévoré l'humanité.
Comme la mort, la guerre est un phénomène biologique.
Si Dieu avait eu besoin d'être adoré, il n'eût créé que des chiens. Le chien est bien plus apte que l'homme à l'amour.
Si Dieu est partout, la porte qui s'ouvre sur lui est partout. La rose, le petit chat, les étoiles du matin. Mais la porte la plus proche de l'homme, c'est l'homme.
Toutes les religions du monde nous racontent, à des détails près, la même histoire, comme si l'humanité toute entière avait bénéficié, à un moment de son existence, de la même connaissance et des mêmes certitudes.
L'homme croit mourir pour défendre sa terre, sa femme, sa liberté, ses idées, alors qu'il meurt simplement parce qu'il est de trop.