Auteur

Paul Verlaine

Sans doute tu ne m'aimes pas - Comme je t'aime, - Je sais combien tu me trompas - Jusqu'à l'extrême. - Que me fait, puisque je ne vis - Qu'en ton essence, - Et que tu tiens mes sens ravis - Sous ta puissance?
Nous voici, venez-vous de dire, bien épris - L'un de l'autre, soyons heureux, faisons mépris - De tout ce qui n'est pas notre douce folie !
Il pleure dans mon coeur - Comme il pleut sur la ville ; - Quelle est cette langueur - Qui pénètre mon coeur ?
Le Dieu d'amour veut qu'on ait de l'haleine, il a raison !
Qu'as-tu fait, - O toi que voilà - Pleurant sans cesse, - Dis, qu'as-tu fais, toi que voilà, - De ta jeunesse ?
De la musique encore et toujours ! - Que ton vers soit la chose envolée - Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée - Vers d'autres cieux à d'autres amours.
O femmes, je vous aime toutes, là, c'est dit !
Toutes, oui, je vous aime, oui, femmes, je vous aime - Excepté si par trop laides ou vieilles, dam ! - Alors je vous vénère ou je vous plains.
Je ne sais rien de gai comme un enterrement ! - Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille, - La cloche, au loin, dans l'air, lançant son svelte trille, - Le prêtre en blanc surplis, qui prie allègrement.
Nous étions seul à seule et marchions en rêvant, - Elle et moi, les cheveux et la pensée au vent.
Lasse de vivre, ayant peur de mourir, pareille - Au brick perdu jouet du flux et du reflux, - Mon âme pour d'affreux naufrages appareille.
J'ai rêvé d'elle, et nous nous pardonnions - Non pas nos torts, il n'en est en amour, - Mais l'absolu de nos opinions - Et que la vie ait pour nous pris ce tour.
J'arrive tout couvert encore de rosée - Que le vent du matin vient glacer à mon front. - Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée - Rêve des chers instants qui la délasseront.
Suis-je né trop tôt ou trop tard ? - Qu'est-ce que je fais en ce monde ? - O vous tous, ma peine est profonde : - Priez pour le pauvre Gaspard !
Tout suffoquant - Et blême, quand - Sonne l'heure, - Je me souviens - Des jours anciens - Et je pleure.
De la douceur, de la douceur, de la douceur !
Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon coeur d'une langueur monotone.

Œuvres de Paul Verlaine

A propos de Marceline Desbordes-Valmore.Amour (1888)Amour (1888), Ballade en rêveAmour (1888), Lucien LétinoisAmour (1888), Prière du matinBonheur (1893), XXX - L'amour de la Patrie est le premier amourChair (1895), Assonances galantesChair (1895), PrologueChansons pour elle (1891)Chansons pour elle (1891), IIIChansons pour elle (1891), VIIChansons pour elle (1891), XXCompagne savoureuse et bonneConfessions (1895)Dans les limbes (1894)Dédicaces (1890)Dédicaces (1890), XL, Quatorzain pour toutesDédicaces (1890), XXIXDédicaces (1890), XXXVDédicaces, à Arthur Rimbaud