Oh ! l'absence ! le moins clément de tous les maux ! - Se consoler avec des phrases et des mots, - Puiser dans l'infini morose des pensées - De quoi vous rafraîchir, espérances lassées, - Et n'en rien remonter que de fade et d'amer !
Donc, ce sera par un clair jour d'été; - Le grand soleil, complice de ma joie, - Fera, parmi le satin et la soie, - Plus belle encor votre chère beauté.
Tu crois au marc de café, - Aux présages, aux grands jeux: - Moi je ne crois qu'en tes grands yeux.
Tu crois aux contes de fées, - Aux jours néfastes, aux songes. - Moi je ne crois qu'en tes mensonges.
Je ne crois qu'aux heures bleues - Et rose que tu m'épanches - Dans la volupté des nuits blanches !
Et si profonde est ma foi - Envers tout ce que je croi - Que je ne vis plus que pour toi.
Toutes grâces et toutes nuances - Dans l'éclat doux de ses seize ans, - Elle a la candeur des enfances - Et les manèges innocents.
Parfois aussi le dard d'un insecte jaloux - Inquiétait le col des belles sous les branches, - Et c'étaient des éclairs soudains de nuques blanches, - Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous.
J'allais par des chemins perfides, - Douloureusement incertain. - Vos chères mains furent mes guides.
Les hauts talons luttaient avec les longues jupes, - En sorte que, selon le terrain et le vent, - Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent - Interceptés! - et nous aimions ce jeu de dupes.
C'est l'extase langoureuse. - C'est la fatigue amoureuse, - C'est tous les frisons des bois - Parmi l'étreinte des brises.
Et toutes deux, avec des langueurs d'asphodèles, - Tandis qu'au ciel montait la lune molle et ronde, - Savouraient à longs traits l'émotion profonde - Du soir et le bonheur triste des coeurs fidèles.
Je me souviens, je me souviens - Des heures et des entretiens, - Et c'est le meilleur de mes biens.
Tout en chantant sur le mode mineur - L'amour vainqueur et la vie opportune - Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur - Et leur chanson se mêle au clair de lune.
Je ne crois pas en Dieu, j'abjure et je renie - Toute pensée, et quant à la vieille ironie, - L'amour, je voudrais bien qu'on ne m'en parlât plus.
Ah! les oarystis! les premières maîtresses! - L'or des cheveux, l'azur des yeux, la fleur des chairs, - Et puis parmi l'odeur des corps jeunes et chers, - La spontanéité craintive des caresses!
Les belles, se pendant rêveuses à nos bras, - Dirent alors des mots si spécieux, tout bas, - Que notre âme, depuis ce temps, tremble et s'étonne.
Un vaste et tendre - Apaisement - Semble descendre - Du firmament - Que l'astre irise... - C'est l'heure exquise.
Isolés dans l'aurore ainsi qu'en un bois noir, - Nos deux coeurs, exhalant leur tendresse paisible, - Seront deux rossignols qui chantent dans le soir.
Bon chevalier masqué qui chevauche en silence, - Le Malheur a percé mon vieux coeur de sa lance.
Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.
O vous tous, ma peine est profonde, - Priez pour le pauvre Gaspard.
Oh! qui dira les torts de la Rime! - Quel enfant sourd ou quel nègre fou - Nous a forgé ce bijou d'un sou - Qui sonne creux et faux sous la lime?
Il n'est pas bon d'aller troubler dans son sommeil - La nature, ce dieu féroce et taciturne.
Père, considérez le prix de votre enfant.
Œuvres de Paul Verlaine
A propos de Marceline Desbordes-Valmore.Amour (1888)Amour (1888), Ballade en rêveAmour (1888), Lucien LétinoisAmour (1888), Prière du matinBonheur (1893), XXX - L'amour de la Patrie est le premier amourChair (1895), Assonances galantesChair (1895), PrologueChansons pour elle (1891)Chansons pour elle (1891), IIIChansons pour elle (1891), VIIChansons pour elle (1891), XXCompagne savoureuse et bonneConfessions (1895)Dans les limbes (1894)Dédicaces (1890)Dédicaces (1890), XL, Quatorzain pour toutesDédicaces (1890), XXIXDédicaces (1890), XXXVDédicaces, à Arthur Rimbaud