Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà, - De ta jeunesse?
Je m'en soucie au point que, si tu veux, - Tu peux t'aller faire lanlaire!
De la musique avant toute chose - Et pour cela préfère l'Impair - Plus vague et plus soluble dans l'air - Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
Il faut aussi que tu n'ailles point - Choisir tes mots sans quelque méprise: - Rien de plus cher que la chanson grise - Où l'Indécis au Précis se joint.
Quant aux faiseurs de vers, ces vauriens, ces maroufles - Ces fainéants barbus mal peignés, il les a - Plus en horreur que son éternel coryza, - Et le printemps en fleurs brille sur ses pantoufles.
Et le vent berçait les nénuphars blêmes; - Les grands nénuphars, entre des roseaux, - Tristement luisaient sur les calmes eaux.
Ah! les oaristys! les premières maîtresses! - L'or des cheveux, l'azur des yeux, la fleur des chairs.
Puis, tout à coup, ainsi qu'un ténor effaré - Lançant dans l'air bruni son cri désespéré, - Son cri qui se lamente, et se prolonge, et crie, - Eclate en quelque coin l'orgue de Barbarie.
Aime-moi, - Car, sans toi, - Rien ne puis, - Rien ne suis.
Tes yeux sont les plus beaux du monde - Et de ton sein je suis avide.
Le ciel est, par-dessus le toit, - Si bleu, si calme! - Un arbre, par-dessus le toit, - Berce sa palme.
Par instants je meurs la mort du pécheur - Qui se sait damné s'il n'est confessé, - Et, perdant l'espoir de nul confesseur, - Se tord dans l'Enfer qu'il a devancé.
C'est bien la pire peine - De ne savoir pourquoi, - Sans amour et sans haine, - Mon coeur a tant de peine.
Qu'importe ton passé, ma belle, - Et qu'importe, parbleu! Le mien: - Je t'aime d'un amour fidèle - Et tu ne m'as fait que du bien.
Plongé dans ce bonheur suprême - De me dire encore et toujours, - En dépit des mornes retours, - Que je vous aime, que je t'aime!
O bruit doux de la pluie - Par terre et sur les toits! - Pour un coeur qui s'ennuie, - O le chant de la pluie!
La chair est sainte! - Il faut qu'on la vénère. - C'est notre fille, enfants, et notre mère, - Et c'est la fleur du jardin d'ici-bas! - Malheur à ceux qui ne l'adorent pas!
D'une liqueur, délice et gloire de l'esprit. - Puis l'enfant se fait homme ou devient jeune fille. - Et cependant que croît sa chair pleine de grâce - Son âme se répand par-delà la famille - Et cherche une âme soeur, une chair qu'il enlace.
L'amour de la Patrie est le premier amour - Et le dernier amour après l'amour de Dieu, - C'est un feu qui s'allume alors que luit le jour - Où notre regard luit comme un céleste feu.
Le grand vol anguleux des éperviers rapaces - Raye à l'ouest le ciel mat et rouge qui brunit - Et leur cri rauque grince à travers les espaces.
La plaine brille au loin et fume. - Un oblique rayon venu - Du soleil surgissant allume - Le fleuve comme un sabre nu.
Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches. Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous. Ne le déchirez pas avec vos deux mains.
Ce qu'il nous faut à nous, c'est l'étude sans trêve, - C'est l'effort inouï, le combat non pareil, - C'est la nuit, l'âpre nuit du travail, d'où se lève - Lentement, lentement, l'oeuvre, ainsi qu'un soleil!
Fi de la sole normande, - Fi de l'entrecôte au jus, - Puisque tous ces jours-ci j'eus - La satisfaction grande - D'être végétarien.
J'aime tes yeux pour leur liesse - Et ton corps pour sa vénusté.
Œuvres de Paul Verlaine
A propos de Marceline Desbordes-Valmore.Amour (1888)Amour (1888), Ballade en rêveAmour (1888), Lucien LétinoisAmour (1888), Prière du matinBonheur (1893), XXX - L'amour de la Patrie est le premier amourChair (1895), Assonances galantesChair (1895), PrologueChansons pour elle (1891)Chansons pour elle (1891), IIIChansons pour elle (1891), VIIChansons pour elle (1891), XXCompagne savoureuse et bonneConfessions (1895)Dans les limbes (1894)Dédicaces (1890)Dédicaces (1890), XL, Quatorzain pour toutesDédicaces (1890), XXIXDédicaces (1890), XXXVDédicaces, à Arthur Rimbaud