Alger appartient tout d'abord aux pirates, aux renégats, aux chrétiens convertis à la religion du prophète Mahomet.
Ma captivité était devenue un délice, une promesse de beaux lendemains, un horizon dont je voyais les contours et que je n'avais jamais connu, les frontières d'un nouveau pays qui s'appellerait l'amour.
L'Espagne n'avait plus grande importance à mes yeux, car j'avais compris qu'il n'est pire exil que celui du coeur.
Alger la rebelle, l'insoumise, l'infidèle aux belles femmes, aussi traîtresses que les pirates.
La gloire, c'est comme la gouache, ça prend très vite puis ça part à la première goutte de pluie.
Nous sommes tous des naufragés de l'âme, vois-tu, la peinture n'est que le reflet de ce chagrin, antichambre de la grande joie à venir.
A force de peindre la vie des autres, il avait oublié de peindre la sienne.
Nous sommes tous des naufragés de l'âme vois-tu, la peinture n'est que le reflet de ce chagrin, antichambre de la grande joie à venir.
Regarde-toi dans un miroir et détruis-le, tu me remercieras.
Les personnages de nos autres vies sont des fantômes que la littérature fait revivre.
Le sabordage de l'âme devrait être enseigné dans les écoles de marine.
La patience est une guerre qui se livre souvent avant la vraie bataille.
Dans l'émirat des talibans, l'amour a trouvé une frontière, chassé jusqu'au regard, considéré comme un outrage, et contraire à l'idée de soumission. Les turbans noirs ont tué l'amour.
Tout voyage est comme une écriture, une étrange alchimie. Un mélange entre la demande de dehors, celui qui guérit comme le proclame Stevenson, et l'espace du dedans.
Il est dans tout grand voyage un point d'orgue, un moment de flottement où les odeurs et les envies se mélangent, comme si ce moment-là comportait une interrogation, porteuse des doutes et en même temps des certitudes: pourquoi poursuivre la route.
La sédentarité nous importe aussi parce qu'elle est un renvoi du voyage permanent.
Sans doute les périples immobiles forment-ils l'antichambre idéal des grands voyages.
Le voyage lui-même est entendu au pire comme temps fini, comme champ d'activité économique, au mieux comme nouvelle impulsion pour mieux revenir. Le voyage doit avoir une finalité alors qu'il est d'abord source de vie.
Le nomadisme est une liberté que ne peut supporter le monde sédentaire, sauf s'il lui est soumis, comme condition de son renouvellement. Le partir, revenir n'est conçu que si le revenir l'emporte, et non pas à égalité des actes.
Liberté apparente du nomadisme, qui obéit à des règles éternelles, de temps et de lieu. La moitié du nomade est une rigueur.
Le partir-revenir des voyageurs comme Ella Maillart et ses émules aujourd'hui, lancés sur la trace des derniers nomades, résulte aussi d'une rébellion contre le bornage mental d'une civilisation. Qu'est-ce qui définit l'autre ?
Peut-être que les voyages naissent ainsi, à l'écoute d'un nom magique qui résonne longtemps, comme un écho bienveillant.
S'attacher à un lieu, se souvenir de ses racines, retrouver dans une halte les ingrédients de la grande recette, celle des origines. Et puis s'arracher, repartir, avec des regards à la fois devant et derrière comme un métronome obstiné.
Le trône ne sied pas aux pieux derviches, poètes et sages de la route de la soie, ils lui préfèrent le manteau de bure, et l'exil du coeur est leur royaume.
L'aventure est relative, l'aventure vit non pas dans l'audace de celui qui ose la vivre mais d'abord dans le génie de celui qui la relate ou l'écrit.
Œuvres de Olivier Weber
Conrad, le voyageur de l'inquiétude (2011)Je suis de nulle part: sur les traces d'Ella Maillart (2003)Kessel, le nomade éternel (2006)La Bataille des Anges (2006)La Confession de Massoud (2013)Le Barbaresque (2011)Le faucon afghan: un voyage au pays des talibans (2001)Le grand festin de l'Orient (2004)Les Impunis (2013)On ne se tue pas pour une femme (2000)Sur les routes de la soie (2007)