Tout voyage est comme une écriture, une étrange alchimie. Un mélange entre la demande de dehors, celui qui guérit comme le proclame Stevenson, et l'espace du dedans.
Œuvre
Je suis de nulle part: sur les traces d'Ella Maillart (2003)
10 citations · Olivier Weber · sur Dicocitations ↗
Il est dans tout grand voyage un point d'orgue, un moment de flottement où les odeurs et les envies se mélangent, comme si ce moment-là comportait une interrogation, porteuse des doutes et en même temps des certitudes: pourquoi poursuivre la route.
La sédentarité nous importe aussi parce qu'elle est un renvoi du voyage permanent.
Sans doute les périples immobiles forment-ils l'antichambre idéal des grands voyages.
Le voyage lui-même est entendu au pire comme temps fini, comme champ d'activité économique, au mieux comme nouvelle impulsion pour mieux revenir. Le voyage doit avoir une finalité alors qu'il est d'abord source de vie.
Le nomadisme est une liberté que ne peut supporter le monde sédentaire, sauf s'il lui est soumis, comme condition de son renouvellement. Le partir, revenir n'est conçu que si le revenir l'emporte, et non pas à égalité des actes.
Liberté apparente du nomadisme, qui obéit à des règles éternelles, de temps et de lieu. La moitié du nomade est une rigueur.
Le partir-revenir des voyageurs comme Ella Maillart et ses émules aujourd'hui, lancés sur la trace des derniers nomades, résulte aussi d'une rébellion contre le bornage mental d'une civilisation. Qu'est-ce qui définit l'autre ?
Peut-être que les voyages naissent ainsi, à l'écoute d'un nom magique qui résonne longtemps, comme un écho bienveillant.
S'attacher à un lieu, se souvenir de ses racines, retrouver dans une halte les ingrédients de la grande recette, celle des origines. Et puis s'arracher, repartir, avec des regards à la fois devant et derrière comme un métronome obstiné.