Auteur

Norman Rush

Le fait est qu’on dispose d’environ dix secondes pour marquer les gens qu’on rencontre pour la première fois. Les gens vous jugent bien ou mal presque instantanément, sans même le savoir. Et les grands ou quasi-grands décident plus vite encore, parce qu’une partie de leur supériorité se fonde sur une facilité à classer immédiatement en deux catégories les gens qui les dérangent : ceux qui sont susceptibles de faire quelque chose pour eux, et les autres.
Le fait est qu’on dispose d’environ dix secondes pour marquer les gens qu’on rencontre pour la première fois. Les gens vous jugent bien ou mal presque instantanément, sans même le savoir.
L’amour est important, et les raisons pour lesquelles on le rencontre ou non ne le sont pas moins. Le nombre de femmes de ma génération auxquelles quelqu’un, avec le recul, fera référence comme leur « grand amour », quelles que soient les circonstances, sera infime.
L’amour est ardu. Ce que je veux dire, c’est que si vous vous trouvez condamné à vouloir l’amour, il faut jouer tant qu’on le peut. Bien évidemment, il serait beaucoup plus simple de jouer dans le camp masculin. Ils ne cherchent jamais l’amour pour l’amour, jamais. Ils cherchent des femmes.
Le mot révolution ne signifie pas que celui qui gueule le plus fort se hisse au sommet pour toujours, mais simplement que la roue a fait un tour complet, qu'un tour de manivelle renverse les oppresseurs. Et quand on y pense, la discrimination positive est une expression curieuse. C'est l'inégalité au service de l'égalité.
Et quand on y pense, la discrimination positive est une expression curieuse. C'est l'inégalité au service de l'égalité.
L'amour et l'amitié sont aussi des utopies.
Pour parvenir à écrire court, le romancier doit lutter contre le réalisme.
Une partie de mes influences viennent de la littérature française.
Je me croyais destiné à la poésie, mais ce n'était pas le cas.
C'est un de mes thèmes récurrents : l'utopie politique, l'idéalisme et ce qu'il devient lorsqu'il est confronté au réel. Même si le monde est désormais très hostile à cette idée d'utopie, même si sa défaite est une des caractéristiques essentielles de notre temps, et la source des problèmes géopolitiques contemporains majeurs, au fond, j'y crois encore. C'est une conviction ancienne.
J'ajouterai que l'utopie est aussi un motif romanesque intéressant, quand on veut conjuguer le décryptage du monde et celui de l'intimité. Parce qu'après tout l'amour et l'amitié sont aussi des utopies.
Pour parvenir à écrire court, le romancier doit lutter contre le réalisme. Car il n'y a techniquement aucune limite à ce que vous pouvez décrire : trente pages ne suffisent pas à dire une toute petite pièce vide.
La description est un acte merveilleux auquel j'adore me livrer, même si je sais que, pour l'intérêt de l'histoire et du lecteur, il n'est pas forcément crucial de les multiplier dans un roman...
J'aime aussi écrire les conversations, de longs dialogues dans lesquels se mêlent les mots prononcés et tout ce qui n'est pas dit mais se déchiffre entre les lignes. Mais, là encore, il faut savoir rester mesuré, même si ce n'est pas ma pente naturelle. Lire de la poésie m'aide à cela : ne pas trop écrire, rester sobre, chercher la concentration, la compression, comme font les poètes.
Avant de me lancer dans un roman, je ne fais pas de plan. Je connais l'histoire, bien entendu, et les thèmes que je veux aborder. Mais surtout, je constitue des dossiers sur les personnages principaux, leurs biographies. Chacun d'eux a un profil très complet, très détaillé dans mon esprit. Tout ce matériau préparatoire n'intègre pas le roman, mais j'ai besoin d'en savoir bien davantage sur eux que ce qui figurera finalement dans le livre.
J'ai grandi dans le nord de la Californie, mais mes grands-parents maternels étaient de La Nouvelle-Orléans et parlaient français. Ainsi, j'entendais le son de cette langue autour de moi durant mon enfance. Et une partie de mes influences viennent de la littérature française.
J'ai commencé à écrire jeune, en réalité. Mais j'ai commis des erreurs. En me croyant d'abord destiné à la poésie, mais ce n'était pas le cas. Ensuite, en me tournant vers le roman expérimental, dans lequel je voyais, grâce à la révolution des formes de représentation du monde, la promesse d'un possible changement dans la façon dont l'homme pense et voit le monde. L'expérimentation en art est indispensable, et je ne regrette pas d'être passé par cette phase, mais dans mon cas, c'était une illusion, une nouvelle erreur de parcours. J'y ai perdu du temps, sans doute, mais c'est ainsi.
On représente souvent la littérature comme une pyramide au sommet de laquelle il y a les grands auteurs, ceux qu'on doit absolument lire, puis tous les autres, qu'on peut oublier. Je ne vois pas vraiment les choses ainsi.
Pour moi, la littérature est une sorte de trésor sans limites, une brocante où chacun peut fouiller et trouver ce qu'il veut. Il y a tant de formes différentes, tant de genres littéraires, des romans, des récits, des correspondances, des journaux, des sensibilités et des écritures différentes... Il y en a trop, certes, mais il y en a pour tout le monde. C'est une connexion mystérieuse, magique, la sensibilité d'un auteur qui rencontre celle d'un lecteur.
Si vous vous trouvez condamné à vouloir l’amour, il faut jouer tant qu’on le peut.
Dans le camp masculin. Ils ne cherchent jamais l’amour pour l’amour, jamais. Ils cherchent des femmes.

Œuvres de Norman Rush

Accouplement (2006)Corps subtils (2015)Portrait de Norman Rush, le romancier des utopies, Télérama, le 03/09/2015